La mécanique du coeur de Mathias Malzieu

juillet 3, 2014 dans Lectures et critiques littéraires

la-mecanique-des-coeur

Edimbourg, 1874.

Jack nait le jour le plus froid du monde et son cœur en reste gelé. Mi-sorcière mi-chaman, la sage-femme qui aide à. l’accouchement parvient à sauver le nourrisson en remplaçant le cœur défectueux par une horloge. Cette prothèse fonctionne et Jack vivra, à condition d’éviter toute charge émotionnelle : pas de colère donc, et surtout, surtout, pas d’état amoureux. Mais le regard de braise d’une petite chanteuse de rue mettra le cœur de fortune de notre héros à rude épreuve prêt à toit pour la retrouver, Jack se lance tel Don Quichotte dans une quête amoureuse qui le mènera des lochs écossais jusqu’aux arcades de Grenade et lui fera connaitre les délices de l’amour comme sa cruauté.

Il y a un certain temps, j’ai eu l’occasion de lire « La mécanique du cœur » de Mathias Malzieu. Un livre qui m’a agréablement surpris. Un livre « surprise » d’autant plus particulier qu’il m’a été offert par une amie.

Le titre en lui-même ainsi que la couverture sont intéressants et posent la question d’une « matérialité » du cœur. Ce dernier fonctionne-t-il comme une « simple » mécanique ? Le cœur peut-il ressembler à une horloge ou l’inverse ? Il suffirait de le « remonter » ou de l’arrêter, bref on pourrait le contrôler… contrôler cette entité mystérieuse, imprécise et aléatoire ô combien source de cyclones intérieurs au moins souvent incompréhensibles.

Voilà en tout cas un livre dans la lignée des « contes initiatiques » comme le Petit prince ou le Chevalier à l’armure rouillée. Un livre qui se conte autant aux adultes qu’aux enfants et qui cache derrière une grande simplicité apparente une profondeur et une réflexion sur la passion amoureuse. La mécanique du cœur touche tout un chacun peu importe son histoire en racontant une histoire de cœur entre les deux personnages principaux que sont Jack et Miss Acacia enivrés dans les sentiments, la spontanéité, des interrogations, des disputes, des moments difficiles et de bons moments.

Ce qui a fait de ce livre un coup de cœur est son incroyable poésie ! Tout y est écrit avec beaucoup de subtilité et de délicatesse. En ce sens La mécanique du cœur de Mathias Malzieu mérite vraiment une distinction particulière tant il s’écarte, comme 1Q84, de ce qui s’écrit aujourd’hui.

Extraits :

[...] J’aurais voulu prendre un peu plus de temps pour observer à loisir ses chevilles de poussin, pour remonter le long de ses mollets aérodynamiques jusqu’aux cailloux ambrés qui lui servent de genoux. Alors j’aurais longé ses cuisses entrouvertes pour me poser sur la plus douce des pistes d’atterrissage. Là je me serais entraîné à devenir le plus grand caresseur-embrasseur du monde. A chaque fois qu’elle voudra rentrer chez elle, je lui ferai le coup. Blocage temporel, suivi d’un cours de langues pas étrangères. Alors je redémarrerai le monde, elle se sentira toute chose et elle ne pourra résister à l’idée de passer encore quelques vraies minutes lumineuses au creux de mon lit. Et durant ces instants volés au temps, elle ne sera que pour moi. [...]

[...] — A qui sont toutes ces larmes ? je lui demande.
— Ce sont les miennes. Dès que je pleure, je récupère mes larmes dans un flacon et je les stocke dans cette cave pour en faire des cocktails.
— Comment est-ce possible que tu en fabriques de telles quantités ?
— Dans ma jeunesse, un embryon s’est trompé de direction pour rejoindre mon ventre. Il s’est coincé dans l’une de mes trompes, provoquant une hémorragie interne. Depuis ce jour, je ne peux pas avoir d’enfant. Même si je suis heureuse d’en faire naître pour les autres, j’ai beaucoup pleuré. Mais ça va mieux depuis que tu es là…
J’ai honte de lui avoir posé la question.
— Un jour de longs sanglots, je me suis aperçu que boire les larmes apportait du réconfort, surtout mélangées à un peu d’alcool de pomme. Mais il ne faut pas en prendre lorsqu’on est dans un état normal, sinon on ne parvient plus à être joyeux sans en boire et c’est le cercle vicieux, on n’arrête pas de pleurer pour pouvoir boire ses larmes.
— Tu passes ton temps à réparer les gens, mais tu noies tes blessures dans l’alcool de tes propres larmes, pourquoi ?
— Ne t’inquiète pas pour tout ça [...]

Share

Être un gentleman en citation

avril 2, 2013 dans Citations et aphorismes de Nathan Malory

Un gentleman, c’est un peu comme un Salsero. C’est un homme à la fois passif et actif. Il regarde. Il écoute. Il est à l’écoute. Il ressent. Mais c’est lui aussi qui prend les initiatives. C’est lui qui guide sa partenaire car il sait où il va et il sait ce qu’il veut : La faire rêver et lui permettre d’exprimer ce qu’elle est et de se révéler à elle-même dans sa propre féminité.

Share

Prochain ouvrage à paraître : un essai sur…l’Amour !

novembre 12, 2012 dans À propos de Nathan Malory, essai "Et si l'amour...", Réflexions, Œuvres littéraires

 

La 4ème de couverture.

Et si l'Amour... de Nathan Malory

 

Et si…Nathan Malory nous donnait sa vision de l’Amour au 21ème siècle ?

Cela donnerait sans doute un portrait sombre et affligeant, saigné par une perte de valeurs et de repères.

Et si…des cœurs solitaires ou pas, se sentaient emprisonnés dans une société moderne toujours plus égoïste, superficielle et intéressée ?

Et si…les sentiments étaient devenus des produits de supermarché au rabais au profit d’un dogme du cul exclusif brut et animal qui règne en maître responsable d’un Amour vrai en voie d’extinction ?

Et si…au fond…

Tout n’était pas perdu ?

Alors peut-être que Nathan Malory lancerait aussi une bouteille à la mer. Il s’adresserait aux plus audacieux et nous livrerait son secret : la différence entre l’ »Amour » réflexe et l’Amour conscient, seul Amour de qualité qui peut nous permettre de vivre pleinement et consciemment une Véritable histoire d’Amour basée sur l’essentiel.

Et si l’Amour vrai…n’attendait plus que vous ?

Share

Quand les pensées se matérialisent…

mars 21, 2012 dans Événements, Recueil "Tourbillon", Œuvres littéraires

Voilà quelques jours que j’ai eu mon recueil « Tourbillon » entre les mains ; la veille de mon premier salon du livre. Mon premier recueil. J’avoue avoir des difficultés pour exprimer ce que j’ai ressenti ce jour-là. J’avais besoin de me laisser du temps. Besoin de laisser décanter. Ces deux jours ont été un moment de « recueillement ». Un moment pour moi-même, avec moi-même. À la fois léger et oppressant. Un moment où j’ai eu besoin de sortir la tête…du livre !

J’ai mis beaucoup plus de temps que prévu pour faire imprimer mon recueil. Trop exigeant. Trop perfectionniste. Impossible d’être satisfait à 100%. J’aurai dû le confier à mon imprimeur il y a un an, en 2011. Je l’ai retouché je ne sais combien de fois. J’ai enlevé certaines choses. J’en ai rajouté d’autres. J’en ai changé encore d’autres. Il arrive cependant un moment où il faut arrêter les « retouches ». Arrêter de « reprendre ». Et il faut trouver l’envie, la force, je ne sais pas… d’y aller à un moment donné, au risque de ne jamais sauter le pas et de rester en bas de l’escalier sans avoir même gravi la première marche ! J’ai donc sauté le pas il y a 10 jours en débarquant comme un Aladdin, chez mon imprimeur en lui demandant s’il pouvait faire imprimer mon recueil en quelques jours pour qu’il soit prêt pour mon salon du livre. J’ai frotté la lampe…d’une douce folie d’espoir et il a exaucé mon vœu ! :-)

Avec du recul je ne regrette pas, cela dit, d’avoir tant attendu ! Je pense de plus en plus que les choses arrivent quand elles doivent arriver. Rien ne sert de se précipiter. Il vaut mieux prendre son temps et bien faire les choses que d’aller trop vite et de mal faire. Sentiment assez paradoxal en fait.

2011 a été une année de réflexion. Je n’étais pas prêt il y a un an. « Tourbillon » n’était pas encore arrivé à terme. Ce n’était simplement pas encore le bon moment.  »Tourbillon » était en…gestation. J’étais en gestation.

La veille du salon alors que j’étais sur la route pour aller chez mon imprimeur, je me suis retrouvé envahi d’un sentiment trop particulier pour arriver à trouver les mots exacts. Je me suis dit à cet instant : « Ça y est enfin ! Je vais aller chercher mon recueil ! » Plutôt banal n’est-ce pas ? Sans doute car à ce moment-là on ne réalise pas encore… On ne peut pas. On est encore dans le rêve. Dans l’imaginaire. Dans le fantasme. Et puis j’ai ouvert la porte de mon imprimeur, accueilli par le sourire de Corinne…

Puis on est allé me ramener mon recueil… Un grand moment quand j’ai ouvert le carton qui contenait les exemplaires de mon recueil et que j’en ai pris un entre les mains ! Quel sentiment étrange et indescriptible que celui d’ouvrir des pensées. De les tourner page après page. De les voir…matérialisées par quelques caractères dessinés avec de l’encre sur du papier (ivoire !). Voilà que mes pensées se retrouvaient palpées entre mes mains comme si ces dernières pouvaient les lire juste en les effleurant du bout des doigts, comme un aveugle qui lit du braille. Mes mains sont devenues l’espace d’un instant, mes yeux, en parcourant ces émotions aussi saillantes que le papier était lisse. Elles se sont attardées sur cet objet à la fois si nouveau et si intime : le livre. Le cœur…

Je ne l’ai pas « lu » jusqu’à hier. Je n’ai pas osé. Je n’ai pas voulu. Et puis j’ai craqué ! Je l’ai lu hier soir. Le soir d’une équinoxe de printemps (je m’en suis rendu compte ce matin !). C’est drôle… Une impression bizarre que je ne suis pas. Ou plus ? Comme si je lisais quelqu’un d’autre. C’est vraiment moi qui ai écrit ça ? C’est vraiment moi dedans ? Je suis vraiment tout ça ?… Et toutes ces pensées, ces émotions, cette histoire de vie qui ne sont plus intimes, qui ne m’appartiennent plus car elles « appartiennent » maintenant à tout le monde de par leur résonance comme des baguettes que l’on frappe sur un tambour. Après tout, c’est ça aussi des émotions mises en musique : communiquer. Partager.

L’impression et la publication d’un travail littéraire pour un auteur — qui est d’ailleurs davantage un plaisir qu’un travail — reste un moment vraiment unique. Privilégié peut-être ? Un moment qui relève de l’instant présent et qui se transforme avec le temps en un souvenir de vie. L’un de ces souvenirs que l’on n’oublie pas.

2012 devait être et est une année de réalisation. Plus précisément…une naissance ! Voilà la meilleure métaphore que j’ai pu trouver. « Tourbillon » est le roman d’une vie morte et passée. « Tourbillon » est à la fois le début et la fin.

Je suis né !

Share

Le rôle d’un écrivain (1)

juin 26, 2011 dans Être écrivain, Réflexions

 

Quand j’ai commencé à écrire, de nombreuses questions m’ont assailli ! Pourquoi écrire ? Pour le plaisir ? Pour gagner ma vie (humm difficile…) ? Pour moi-même ? Pour les autres ? Et puis au fait…ça fait quoi un écrivain ? Il écrit certes, mais dans quel but ? À qui ? A-t-il un rôle à jouer au niveau du collectif ? Au niveau de la société ?

Ce que j’écris ici n’est pas une vérité dans l’absolu et je ne livre que ma propre réflexion ; laquelle n’engage que moi.

Un écrivain quel qu’il soit, est relativement libre. Libre de décrire, libre d’inventer, libre de rappeler, libre d’exprimer des vérités ou des mensonges. Libre de relater le passé ou de créer un avenir. Ce qu’il est écrit peut être réel ou inventé de toutes pièces ; partiellement ou totalement. Tout dépend de ce qu’il écrit au moment où il écrit et de l’exercice littéraire auquel il s’adonne. En effet, on n’écrit pas de la même façon de la poésie, des nouvelles, des romans ou des essais. Les définitions de ces styles sont d’ailleurs régies elles-mêmes par des règles très précises. Par ailleurs un écrivain est également un être humain. Il est comme vous et moi. Il est comme tout le monde. Il a sa propre vie. Ses propres moments de bonheur ou de tristesse. Lesquels vont, ne serait-ce qu’inconsciemment, modifier son humeur et ses états d’âme. Un évènement majeur — dramatique ou pas — pourra donner vie à un poème qui portera spécifiquement sur cet évènement. Il sera possible, une fois le poème terminé, de passer à autre chose (je n’ai pas dit tourner la page !). Quand on écrit sur la distance, comme dans un roman par exemple, et que vous êtes en plein travail d’une séquence de votre histoire (laquelle pourra avoir été préparée dans un plan), cette séquence sera émotionnellement imprégnée de votre propre histoire à un moment « t », voire « t+n ».

Des circonstances dans la vie réelle qui peuvent accélérer ou freiner l’écriture de votre histoire.

Imaginez-vous plongé dans l’écriture d’une scène supposée être comique. Vous avez déjà commencé votre scène mais celle-ci n’est pas terminée. Et là d’un seul coup, vlan ! Une rupture amoureuse, un décès, un accident quelconque, un contrôle fiscal (pourquoi pas !), une maladie grave soudaine qui se déclare, que sais-je…

Quelle difficulté que de continuer cette scène… L’inverse existe aussi bien entendu. Car écrire ce n’est pas seulement décrire, mais faire vivre ! Écrire demande, à mon sens, beaucoup d’empathie. Pour faire vivre, il faut avoir vécu soi-même. Il faut être passé par telle ou telle émotion (pas forcément un même événement) pour avoir la possibilité de la faire passer au lecteur. Encore faut-il avoir la capacité ou la faculté de s’écouter soi-même pour l’identifier et la comprendre avant de la « recréer » avec des mots ! (exercice ô combien difficile !). Je reste en effet persuadé que ce qui relie les gens n’est pas tant les événements, mais les émotions et les sentiments humains. Surtout la souffrance comme disait Lamartine…

À suivre dans le billet le rôle d’un écrivain (2)…

 

Share
Empowered by My Advanced Settings, by Xhanch Studio