Quand le pardon vient frapper à votre porte – partie 1

mai 15, 2013 dans À propos de Nathan Malory, Réflexions

Je ne sais pas vous, mais certains se posent des questions existentielles : « Quelle glace je vais prendre aujourd’hui ? Vanille ou chocolat ? », d’autres encore s’interrogent — quel dilemme ! — sur la paire de chaussures qu’elles doivent acheter. Rouges ou noires ? (Ne souriez pas, ça existe vraiment et pour les femmes, c’est EXISTENTIEL !). En général elles prendront les deux…pardon…les quatre :-)
Je sens que je vais me faire plein d’amies sur ce coup là… Pas taper, pas taper  :-)

Ces derniers mois je me suis, pour ma part, interrogé sur le pardon.
Eh oui, c’est une question comme une autre ! Quelle est donc cette étrange bestiole connue des uns et pas des autres ? Pourquoi, ou comment certains font-ils pour pardonner pendant que d’autres n’y arrivent pas ? Peu importe qu’ils essayent ou pas d’ailleurs. Qu’est-ce que le pardon ? A quoi ça peut bien servir ? Peut-tout tout pardonner ? Sur quels critères ? Doit-on attendre que la personne nous demande pardon pour pardonner ou pas ? Le pardon a-t-il un prix ? Doit-on attendre d’avoir pardonné pour pardonner ou faut-il d’abord pardonner pour pardonner ? Y a-t-il une clé, et si oui, où peut-elle bien se cacher ?

Je vous assure, ce sont de VRAIES questions qui m’ont torturé l’esprit pendant des mois ! Un questionnement qui ressemble d’ailleurs davantage à un voyage dans un tunnel tellement on semble avancer dans l’obscurité au fur et à mesure que l’on avance ; mais avec l’espoir — un peu quand même — de trouver une certaine lumière. Une lumière pas si évidente que ça à trouver car le pardon semble tout autant universel que relatif.

La démarche inverse est tout aussi pertinente. Demander pardon peut, au fond, être tout aussi difficile que de pardonner. Dans un cas comme dans l’autre, il me semble important de considérer, et ceci de manière égale, autant sa propre position que celle de l’autre personne.

Au cours des derniers mois, je me suis donc interrogé. J’ai lu (Arendt et Jankélévitch entre autres). J’ai assommé les gens de mes questions, un peu comme un enfant curieux de comprendre quelque chose qu’il venait juste de découvrir : « Dites, pour vous c’est quoi le pardon ? ». J’ai également provoqué des rencontres…au point de rencontrer un prêtre, moi qui suis radicalement athée, en plus d’être rancunier, pour avoir le regard d’un homme de foi. J’en ai fait du chemin !

La quête du pardon vous interpelle ? Alors, ne ratez pas la suite dans un prochain billet… :-)

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« La promesse des ténèbres » de Maxime Chattam (1)

juin 4, 2011 dans Lectures et critiques littéraires

Avril – Mai 2011

La promesse des ténèbres de Maxime Chattam

 

« New York, mégalopole de tous les possibles. De tous les excès aussi…

Brady O’ Donnel, journaliste indépendant, décide de faire un reportage sur l’industrie pornographique. Il rencontre Rubis, starlette de films X, dans une ruelle sombre et sordide de New York pour l’interviewer. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’en une seconde sa vie va plonger en enfer. La jeune femme se tire une balle en plein visage, après lui avoir murmuré d’étranges propos.

Se rendre à la police ? Brady panique et prend la fuite. Sa femme, Annabel, flic à Brooklyn, se voit confier l’affaire avec son collègue Jack Thayer, qui ne croit pas en la thèse du suicide.

Commence alors une course poursuite vers la vérité, une enquête qui va disséquer l’Homme dans ce qu’il a de plus primitif. »

Voici un roman dont j’ai trouvé le rythme un peu lent au départ, et dans lequel j’ai eu du mal à me plonger, contrairement à ma lecture de Millenium 1 de Stieg Larsson. Heureusement, les choses s’accélèrent après le suicide de Rubis.

Grand fan de Maxime Chattam, j’ai retrouvé dans La promesse des ténèbres son style habituel. Un peu trop en fait…

Voilà 2 mois que j’essaye tant bien que mal de lire son 11ème roman. Et oui j’avoue avoir du mal et n’en suis toujours qu’au tiers du livre ! Non pas tant par son style que surtout, par le thème traité, celui du monde de la pornographie, qui nécessite d’une certaine façon, une écriture…pénétrante et qui laisse un goût amer dans la bouche ! C’est le moins qu’on puisse dire ! Glauque, bestial, atroce, ultra-violent, ignoble, avilissant, gore… Voilà les mots qui me viennent les premiers à l’esprit en lisant La promesse des ténèbres avec des passages qui auraient mérité d’être plus sublimés. Mais ça n’aurait pas été un roman digne de son auteur ! On a le droit ici à un langage très crû qui nous entraîne profondément dans le monde du porno et qui de par sa lecture très dérangeante, peut mettre mal à l’aise ; qui suscite des sentiments violents mêlés d’intrusion, de honte, d’abjection, de dégoût  et de rejet. Un rejet que j’analyse à deux niveaux : primo, celui du sujet traité en lui-même et deuzio ce à quoi il renvoie en chacun de nous. Imaginez-vous devant un miroir — non pas déformant — mais qui ne reflète de vous, que le pire côté, le plus sombre et le plus animal de votre personne. Ce côté que chacun de nous possède et qu’il essaye de cacher tant bien que mal, autant à autrui qu’à lui-même. Ce côté que nous méprisons, voire haïssons. Ce côté que nous refusons pour la plupart. Ce côté que nous vivons par procuration quand nous le pouvons. Ce côté qui fait malgré tout partie de nous. Cette vérité qui fait toujours mal.

Car au-delà de la pornographie, ce roman nous invite à une certaine réflexion. Sur nous-mêmes, tous autant que nous sommes. L’Homme est-il foncièrement bon ou  mauvais ? Est-il capable du meilleur comme du pire ? Qu’est-ce qui fait courir l’Homme ? Nos valeurs, acquises ? Ou nos pulsions, innées ? Que sommes-nous vraiment ? Et jusqu’à quel point ou jusqu’à quel niveau pouvons-nous encore garder le contrôle ? Qu’en est-il dans notre rapport à la société et de notre position dans cette dernière ? Que montrons-nous, que cachons-nous ?…

Mon opinion personnelle : Autant de questions brûlantes et qui nous obligent, non pas à une remise en question (encore que, elle peut intervenir pour les plus innocents d’entre nous), mais à une obligation d’assumer notre nature profonde, et de facto de pouvoir l’assumer (au moins essayer !). J’ai quitté il y a longtemps le monde des Bisounours. Je doute même y avoir mis les pieds un jour et, ça n’engage que moi, mais je pense que le monde est dirigé par 3 valeurs : le sexe, l’argent et le pouvoir. Quid de l’amour  ? (Sic !) Chacune de ses valeurs étant interchangeable et pouvant procurer les deux autres.

Pessimisme diront les uns. Fatalité diront les autres. Cette opinion n’est que mon regard, (hyper ?)-réaliste, porté sur le monde actuel. Il est d’ailleurs « amusant » de constater ce qu’on peut lire depuis quelques semaines dans les médias… Je vous invite d’ailleurs à lire le billet de Maxime Chattam à ce sujet dont je partage l’avis. Loin d’être un évènement indépendant, l’affaire DSK n’est que le début et prend la forme d’un bac révélateur.  Je pense que beaucoup de têtes vont tomber dans les mois à venir…

Le souci que je vois dans tout cela et de faire l’amalgame, un peu trop rapide, entre cette réalité et la ploutocratie. Cette vérité existe dans toutes les classes sociales, de l’ouvrier à l’aristocrate. Je me souviens d’ailleurs avoir lu un article il y a des années au sujet d’un cadre moyen (un technocrate ?) qui s’envoyait en l’air avec une prostituée car il respectait trop sa femme (sic !) pour lui demander certaines choses… Ah biologie quand tu nous tiens ! Certes notre nature est toujours présente en nous et il est nécessaire, voire vital, de l’accepter pour en être conscient et ainsi éviter des débordements et/ou des comportements inacceptables. Ce que je vois dans cet exemple, c’est surtout un homme trop faible et incapable de se contrôler. C’est à chacun d’assumer sa part de responsabilité en décidant de rester un animal ou de devenir un Homme, doué de morale, de raison et capable de travailler sur lui pour rester maître de lui.

Cela étant et bien que je ne puisse pour l’instant continuer ce roman, j’applaudis l’auteur pour son courage ; celui d’aborder un thème qui me paraît très difficile, pour ne pas dire délicat, à traiter. Par ailleurs il remplit, là encore, très bien son rôle d’écrivain : celui de constater et de dévoiler. Voilà un défenseur de la vérité ! Enfin, on peut sentir à travers l’histoire une recherche très précise et très bien documentée.
Premier devoir de l’écrivain : celui d’investigation !

J’ai besoin pour l’instant d’une pause avant de reprendre sa lecture… qui précédera l’écriture d’un deuxième billet car je compte bien le lire jusqu’au bout. Le suspense est bien au rendez-vous et j’aimerai bien connaître la fin ! D’ici là, je vais commencer sous peu mon premier polar nordique avec Laisse-moi entrer de John Ajvide Lindqvist, romancier suédois, qui aborde le thème des vampires dans son premier roman !

 

Extraits :

[...] — Je suis une fille atypique, vous vous rappelez ? Le sexe sous toutes ses formes, c’est ce que je suis aujourd’hui. Sans tabous, sans limites. Tenez, là, je pourrais me pencher et vous faire une pipe, juste pour vous rendre heureux, ça ne me dérangerait pas, je suis un instrument de plaisir. [...]

[...] Brady s’était souvent interrogé  sur ces deux aspects de l’érotisme masculin. La séparation du corps et de l’esprit. Lequel avait le pouvoir sur l’autre ? Pour Brady, deux notions s’affrontaient. Le désir et la pulsion.
Une excitation aux deux visages.
Le désir, le plus régulier, le plus tiède aussi, pouvait naître d’une simple envie, d’un affect, il pouvait même être invoqué ; il procurait une jouissance libératrice. Brady le considérait cérébral, sous contrôle.
La pulsion,  plus rare, surgissait tel un tsunami des profondeurs du cortex, dévastatrice. L’héritage d’un comportement animal. Imprévisible [...]

[...] Cette fois, pendant que l’un la prenait, les cinq autres lui incisaient légèrement la chair à l’aide de lames de rasoir, sur les flancs, les bras, les seins, le cou, les cuisses…
Elle fut vite couverte de sang, une pellicule huileuse sur laquelle ils s’agitaient en grognant de satisfaction. Rubis avait le regard halluciné, pourtant, elle se soumettait, comme asservie à leur moindre lubie [...]

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« L’homme qui n’aimait pas les femmes » – Millenium 1 de Stieg Larsson

mars 1, 2011 dans Coups de ♥, Lectures et critiques littéraires

 

Mars 2011

L'homme qui n'aimait pas les femmes de Stieg Larsson


« Un journaliste économique, Mikael Blomkvist, rédacteur et actionnaire de Millénium, son propre journal, est condamné pour diffamation envers un industriel très important. C’est un homme cassé, qui a perdu sa crédibilité journalistique et pour qui les ennuis financiers s’annoncent. Henri Vanger, ancien industriel puissant, contacte Mikael Blomkvist et lui confie un dossier vieux de plus de quarante ans, sur la disparition de sa nièce, vraisemblablement un meurtre. »

J’avais entendu parler de la trilogie Millénium (50 millions d’exemplaires vendus en 5 ans !) écrite par Stieg Larsson il y a longtemps déjà, mais je n’avais pas encore eu l’occasion de la découvrir personnellement. C’est maintenant chose faite ! Pour un premier polar nordique, j’ai été e-n-c-h-a-n-t-é ! Voilà une bien belle découverte qui me donne envie de découvrir davantage la littérature scandinave, qui alimentera la production de billets futurs.

Pour ce qui est de Millenium 1, j’ai tout de suite été plongé dans la Suède contemporaine. Sentiment qui m’a d’ailleurs ramené quelques années en arrière où j’avais été séduit (je le suis toujours !) par l’étude de la langue et la culture suédoises à l’université. La lecture de ce premier tome m’ayant convaincu de m’y remettre sérieusement afin d’avoir le plaisir de le relire un jour dans la langue d’Odin ! Plus de 500 pages donc, lues en moins d’une semaine, avalées même… Un livre qui se serait transformé en page turner si je n’avais pas découpé volontairement sa lecture. J’ai passé quelques jours en Suède sans quitter ma chambre, un vrai bonheur ! Prochaine étape à noter dans mon agenda : réserver un billet d’avion et découvrir ce beau pays !

Mais cette immersion intérieure s’est révélée bien plus qu’un simple voyage touristique ! J’ai également découvert une intrigue extrêmement bien montée, lente et bien construite dont il est difficile, dès le départ, d’avoir une idée précise sur le dénouement (que je vous laisserai découvrir !). On se laisse guider par les indices laissés ici et là et on se prend au jeu de suivre l’enquête de Super Blomkvist ! Un personnage que j’admire !…

On le sent « authentique ». Un réel plaisir de découvrir un personnage de fiction aussi « réel », comme s’il existait vraiment. C’est d’ailleurs un regret car j’aimerais beaucoup le rencontrer dans la réalité. Une totale admiration pour de si belles valeurs. Un caractère déterminé, une rage d’aller jusqu’au bout des choses et une droiture et une éthique de plus en plus difficiles à trouver dans notre société moderne, pour ne pas dire quasi-inexistantes malheureusement… Si seulement il existait davantage de personnes comme Mikael Blomkvist, le monde se porterait beaucoup mieux ! Bref, un personnage attachant, qui inspire et qui donne envie de le suivre…

Mais le jour serait-il le même sans sa compagne la nuit ? Pas sûr ! Et bien entendu, Mikael Blomkvist ne serait pas Mikael sans Lisbeth Salander, autre personnage principal de l’histoire. Une femme surprenante, avec un sacré caractère ! Elle aussi très réelle avec un perfectionnisme obsessionnel (autre qualité rare dans notre société !). Un personnage que l’on découvre au fur et à mesure, parfois déroutant, auquel on s’attache également et qui forme avec Mikael un point de mire de par la relation qui s’instaure entre eux et qui relie finalement deux mondes très différents, teintée d’un profond respect et d’une haute estime entre les deux protagonistes. Des personnages vivants et qui évoluent : quel bonheur !

En conclusion, j’ai découvert un auteur, un univers, et un beau livre ! J’ai hâte de lire le deuxième tome !

Je tiens aussi à souligner une originalité très intéressante, informationnelle et instructive : chaque première page de chapitre comporte une donnée statistique sur le thème de la violence dont les femmes sont victimes en Suède. En tant qu’ardent défenseur des femmes depuis toujours et farouchement dégoûté et écoeuré par la lâcheté des hommes, j’applaudis personnellement ! Pour moi, un écrivain se doit d’être engagé. Bravo à l’auteur de participer à une juste dénonciation et d’assumer ses positions de façon humaine et intelligente !

 

Extraits :

[...] Et Lisbeth Salander, elle, était tout aussi crédible sur cette image qu’une pelle mécanique dans un salon nautique. Armanskij avait du mal à s’habituer au fait que son plus fin limier soit une fille pâle, d’une maigreur anorexique, avec des cheveux coupés archicourt et des  piercings dans le nez et les sourcils. Elle avait un tatouage d’une [...]


[...] Le rapport était comme toujours d’une minutie quasi scientifique, avec des notes en bas de page, des citations et des indications exactes des sources. Les premières pages retraçaient le passé de l’objet, sa formation, sa carrière et sa situation économique. Ce n’était qu’à la page 24, dans un paragraphe intermédiaire, que Salander lâchait la bombe des escapades à Tullin, sur le même ton objectif qu’elle utilisait pour dire qu’il habitait une villa à Sollentuna et qu’il conduisait une Volvo bleu marine. Pour étayer ses informations, elle renvoyait à une annexe volumineuse, avec des photographies de la fille mineure en compagnie de l’objet. [...]


[...] « Ignore ton ennemi quand il s’excite, n’oublie jamais rien et rends-lui la monnaie de sa pièce quand tu en auras l’occasion. Mais pas maintenant quand il est en position de force. N’accepte jamais un combat quand tu es sûr de le perdre. Par contre ne laisse jamais s’en tirer quelqu’un qui t’a démoli. Sois patient et riposte quand tu seras en position de force, même si tu n’as plus besoin de riposter. »

Et vous ? Avez-vous lu ce premier tome ? Qu’en avez-vous pensé ? Qu’avez-vous aimé (ou pas) ? Je vous invite à tapoter les touches de votre clavier pour donner votre avis !

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