« Le Zahir » de Paulo Coelho

avril 30, 2012 dans Lectures et critiques littéraires

Avril 2012

Le Zahir de Paulo Coelho

 

Un écrivain célèbre remet en cause tous les principes qui ont gouverné sa vie lorsque sa femme disparaît sans laisser de traces. Au fil d’un périple qui le conduira de Paris jusqu’en Asie centrale, il traverse la steppe, son désert, sa magie et ses légendes pour retrouver celle qui donne plus que jamais un sens à sa vie.

Paulo Coelho revisite mythes antiques et traditions lointaines pour évoquer les thèmes de la quête de l’amour, de la femme éternelle, du pèlerinage, de la recherche de soi et des origines de la croyance. Il recourt à l’autobiographie pour décrire avec ironie l’état du monde moderne, parler de la liberté et de la solitude, et s’interroger sur l’avenir de l’homme en quête de repères, d’amour et de spiritualité.

J’ai été attiré par le sujet. Par la couverture aussi, que je trouve vraiment sublime et qui en dit déjà long sur le sujet…
« Selon l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, l’idée du Zahir vient de la tradition islamique, et l’on estime qu’il est apparu vers le XVIIIème siècle. Zahir, en arabe, veut dire visible, présent, qui ne peut passer inaperçu. Un objet ou un être qui, une fois que nous l’avons rencontré, finit par occuper peu à peu toutes nos pensées, au point que nous ne parvenons plus à nous concentrer sur rien. Il peut signifier la sainteté, ou la folie. »

Qui n’a jamais connu l’obsession ? Voilà une façon originale de la présenter (enfin !) comme un aspect de l’âme humaine sans la juger de façon pathologique. :-)

Je viens de finir Le Zahir de Paulo Coelho.

Avis partagé.

Ce qui m’a dérangé le plus — et heureusement c’est le seul aspect — c’est l’excès de religion et de messianisme. Dieu par ici, Divin par là… Je ne me souviens pas d’avoir autant trouvé de religion dans l’alchimiste qui fut ma découverte du monde de Coelho et qui reste l’un de mes livres initiatiques préférés. En tant qu’athée, je peux lire quelques pages ayant trait à la foi religieuse. Quelques pages, mais pas 360 ! J’ai saturé et failli ne pas lire jusqu’au bout. Le livre aurait pu s’intituler « Au pays des bisounours » ! Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Tous les maux peuvent être guéris par L’énergie de l’amour !… L’amour est LA solution. Il suffit de croire. Et bien sûr il y a un Messie ! Sic. Trop c’est trop !

J’aurai souhaité une façon différente d’aborder la religion, avec des mots différents et qui ont un sens pour ceux à qui la religion n’inspire rien ou pas grand chose. Quoiqu’elle puisse être abordable quand elle est présentée autrement. Mais tout le monde ne choisit pas cette voie là. Je dirais donc que le Zahir est un livre principalement pour les croyants qui devraient trouver en lui des mots qui feront écho en eux. Je n’ai du coup pas vraiment été touché par ce livre. En tout cas pas par sa foi. Un peu comme si je lisais un livre écrit dans une langue qui m’était inconnue. Difficile de rentrer à l’intérieur.

Autre déception : je m’attendais comme l’indiquait la 4ème de couverture à un voyage au cœur de l’Asie centrale ; comme dans l’alchimiste. J’ai voyagé dans celui-ci. Dans Le Zahir, Coelho nous fait d’abord visiter l’Asie centrale, de Paris,  à travers les yeux de l’un des personnages principaux, Mikhail. Ce n’est que bien plus tard que l’on met (enfin !) pied au Kazakhstan. De façon un peu tardive à mon avis.

Voilà pour la partie négative sur laquelle je n’ai pas besoin de m’étendre davantage.

Bien entendu, cela serait purement injuste si je n’évoquais pas, de l’autre côté, ce que j’ai aimé dans cette lecture aussi religieusement sibylline soit-elle et malgré quelques désaccords d’opinion entre Coelho et moi sur la vie et l’amour.

D’une part j’ai bien aimé l’omniprésence d’Esther malgré son « absence physique » dans la plus grande partie du livre. Cette femme, le Zahir plus précisément de cet écrivain célèbre (dont on ne connaît pas le prénom) et qui a disparu sans donner d’explications. Esther qui est son obsession, et Dieu (!) sait à quel point la lecture du Zahir est remplie de sa présence. Son âme est présente partout à chaque instant. Dans chaque page, dans chaque phrase, dans chaque mot, elle est là. Une obsession qui ne peut être comprise que si on l’a déjà vécue personnellement, ainsi qu’une histoire d’amour et qui fera d’autant plus écho le cas échéant. Une obsession paradoxale et contradictoire qui devient — inévitablement — une source de questionnement passionnante ! Une réflexion sur l’amour à deux et la liberté. Une obsession qui ne peut être contrôlée, qui n’est pas un choix car subie mais qui entraîne des choix.

L’amour de l’autre ou l’amour de soi ? Aimer l’autre plus que soi-même ou s’aimer soi-même ?

Liberté ou aliénation ? Se « libérer » de cette obsession pénétrante, envahissante et dévorante qui transcende ?

Cette liberté qui fait peur ! Car elle est forcément synonyme d’éloignement. Synonyme de perte.

Cette lecture n’apporte pas toutes les réponses. Je ne pense pas que ce soit son but d’ailleurs. Elle est une quête de l’amour vrai et authentique. Elle est une invitation à se remettre en question sur sa façon d’aimer. Elle est une quête de l’âme. Elle est une invitation à partir à la rencontre de l’autre. La VRAIE rencontre, celle de l’essentiel et non celle du superficiel.

Et si en fin de compte, se libérer de l’autre c’était s’en rapprocher ?

Prochaines lectures de Coelho, sans doute Onze minutes, ou La sorcière de Portobello. Mais pour l’instant, je m’attaque à Si c’était à refaire de Marc Levy ! :-)

Extraits :

[...] Mais si je pouvais choisir une phrase ? Alors je demanderais qu’il fût gravé :
« Il est mort tandis qu’il était en vie. »
Cela pouvait sembler un contresens, mais je connaissais beaucoup de gens qui avaient déjà cessé de vivre, même s’ils continuaient à travailler, à manger et à vaquer à leurs activités habituelles. Ils faisaient tout comme des automates, sans appréhender… [...]

[...] Je suis capable d’aimer, de sentir l’absence de quelqu’un. Esther méritait beaucoup plus que des mots, mais même les mots, les simples mots, n’avaient jamais été prononcés pendant que nous étions ensembles. [...]

[...] Le pire, ce n’est pas de se promener dans Genève seul et misérable, c’est de donner à une personne qui est près de nous l’impression qu’elle n’a pas la moindre importance dans notre vie. [...]

 

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« Laisse-moi entrer » de John Ajvide Lindqvist

septembre 12, 2011 dans Lectures et critiques littéraires

Août 2011

Laisse-moi entrer de John Ajvide Lindqvist

 

« Oskar a 12 ans, il vit seul avec sa mère au coeur d’une banlieue glacée de Stockholm. Martyrisé par trois adolescents de son collège, il rève de devenir tueur en série pour se venger de ses tortionnaires.
Eli emménage un soir dans l’appartement voisin. Elle sort le soir, semble ne craindre ni le froid ni la neige et exhale une odeur douceâtre et indéfinissable.
Entre ces deux adolescents que tout oppose naît le plus violent des sentiments : l’amour. Mais, tandis que des meurtres se succèdent dans ce quartier réputé tranquille, Oskar découvre la vraie nature d’Eli et comprend qu’elle est un vampire…

Une magnifique et sanglante histoire d’amour et d’amitié entre deux êtres désespérement seuls et différents. »


Dans mon dernier billet de lectures, j’avais donné un premier avis sur « La promesse des ténèbres«  de Maxime Chattam avant de me lancer dans un autre pavé, de 547 pages, celui de « Laisse-moi entrer » (« Låt den rätte komma in » dans la langue d’Ingrid Bergman) du Suédois John Ajvide Lindqvist (publié en 2010 et traduit par Carine Bruy) que j’ai terminé le mois dernier.

Ce livre a été ma deuxième entrée en matière satisfaisante dans le monde littéraire suédois bien que j’ai préféré « Millenium 1«  de Stieg Larsson ; cela étant, le roman de Lindqvist n’est pas un thriller à proprement parler et j’ai retrouvé — ce qui semble assez récurrent dans les romans suédois — l’envie de faire découvrir la culture nordique, notamment au niveau de l’atmosphère des lieux où l’on se retrouve en Suède et ça change (enfin !) de l’Angleterre ou des USA… N’attendez donc pas d’intrigue spécialement extraordinaire comme dans un thriller classique.

« Laisse-moi entrer », c’est donc un premier voyage dans une petite ville réelle de la Suède hivernale, Blackeberg (qui a vu naître Lindqvist), dans la banlieue de Stockholm. Dans le roman, l’histoire utilise une série de meurtres mystérieux comme toile de fond pour décrire LE vrai thème du livre : l’état, pourri, de la société contemporaine dont John Ajvide Lindqvist nous brosse un portrait plus que gore ! Alcoolisme, drogue, pédophilie, violence entre enfants, et prostitution infantile sont au rendez-vous. Âmes sensibles s’abstenir ! J’ai pour ma part trouvé certains passages très durs à lire tant c’était abject. C’est finalement la ville, Blackeberg elle-même, qui semble être un dépotoir de la noirceur la plus sombre de la nature humaine en pleine décadence. Une trame qui semble être devenue un « phénomène de mode » dans la littérature contemporaine où dépeindre le pire semble être devenu une obligation.

Le roman de Lindqvist nous plonge du début à la fin dans un sentiment dominant et omniprésent de solitude. Une solitude vécue par chaque personnage de façon différente. Oskar, cet enfant de 12 ans, martyrisé par ses camarades et qui n’a que comme seul « ami », Tommy, un autre gamin un peu plus âgé, seul lui aussi, paumé dans la drogue et le vol. Håkan, le « gardien » d’Eli, seul et isolé après avoir été désocialisé de par ses penchants pour les enfants. Et enfin, Lacke et Virginia qui ont peur de terminer leur vie seuls.

Enfin, et c’est quand même l’aspect le plus présent du roman hormis l’immersion dans le monde des vampires (très différente de la littérature classique dans ce genre), celui des deux personnages principaux : Oskar et Eli. Deux personnages à la fois pareils et différents. Oskar, petit garçon peureux, soumis et solitaire et Eli, petite fille (ou petit garçon ?), solitaire également, qui est à mon avis le personnage le plus abouti dans le roman. Un personnage qui se décrit comme « rien », à la fois masculin et féminin, jeune et vieux, monstre et humain, mort et vivant… Un personnage basé sur l’opposition, le tout et son contraire.

Quant à la relation qui les unit tous les deux : une relation forte et puissante où la frontière entre l’amour et l’amitié semble s’effacer tant leur relation est unique, attachante et émotionnelle. Une romance dramatique qui se veut humaine et tolérante dans l’acceptation des différences et dans la force — inconditionnelle — des sentiments. Une relation elle aussi en opposition car difficile à vivre. Comment leur relation va-t-elle évoluer ? Pourront-ils rester l’un auprès de l’autre ?… Je vous laisse ce roman entre les mains si vous souhaitez explorer leur lien, travaillé jusqu’au bout par Lindqvist !

Après une lecture aussi noire et dure qu’intense et passionnelle, je vais maintenant m’atteler à la lecture de  « La fille de papier«  de Guillaume Musso ! Vous êtes curieux ? Alors suivez le guide, c’est par là ! :-)

N.B : Le roman « Laisse-moi entrer » existe aussi en film (sorti la même année) dont le scénario a été confié à Lindqvist en personne.

Extraits :

[...] — Oskar…
Cela provenait de la fenêtre. Il ouvrit les yeux et regarda dans cette direction. Il vit les contours d’un petit visage de l’autre côté de la vitre. Il écarta ses couvertures mais avant qu’il ait eu le temps de sortir de son lit, Eli murmura :
— Attends. Reste dans ton lit. Est-ce que je peux entrer ?
Oskar chuchota :
— Oui.
— Dis que je peux entrer.
— Tu peux entrer. [...]

 

[...] Il suffit que tu piques un doigt ou quelque chose. Ensuite nous mêlerons nos sangs et notre pacte sera conclu.
Eli ne prit pas le couteau. Oskar le posa sur le sol afin de pouvoir attraper une goutte de sang qui était tombée de sa blessure.
— Allez. Tu ne veux pas ?
— Oskar… nous ne pouvons pas. Tu serais infecté, tu…[...]
— Pars ! Sinon tu vas mourir !
Oskar se leva et fit quelques pas en arrière. Ses pieds cognèrent dans le sac de bouteilles, qui tomba dans un grand bruit de verre cassé. Il se plaqua contre le mur tandis qu’Eli rampait jusqu’à la petite flaque de sang qui avait coulé de sa main. [...]

 

[...] — Je… ne tue pas des gens.
— Non, mais tu aimerais bien. Si tu pouvais. Et tu le ferais vraiment si c’était nécessaire.
— Parce que je les déteste. Il y a une grande…
— … différence. Vraiment ?
— Oui… ?
— Si tu t’en sortais sans être inquiété. Si ça arrivait simplement. Si tu pouvais souhaiter leur mort et qu’ils meurent. Tu ne le ferais pas dans ce cas ?
— … Si.
— Si. Et tu le ferais par plaisir. Par vengeance. Je le fais parce que je le dois. il n’y a pas d’autre moyen.
— Mais, c’est juste parce qu’ils… qu’ils me font du mal, parce qu’ils m’embêtent, parce que je…
— Parce que tu veux vivre. Exactement comme moi.
Eli tendit les mains, les posa sur les joues d’Oskar et rapprocha son visage du sien.
— Mets-toi un peu à ma place.
Et il l’embrassa. [...]


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« La promesse des ténèbres » de Maxime Chattam (1)

juin 4, 2011 dans Lectures et critiques littéraires

Avril – Mai 2011

La promesse des ténèbres de Maxime Chattam

 

« New York, mégalopole de tous les possibles. De tous les excès aussi…

Brady O’ Donnel, journaliste indépendant, décide de faire un reportage sur l’industrie pornographique. Il rencontre Rubis, starlette de films X, dans une ruelle sombre et sordide de New York pour l’interviewer. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’en une seconde sa vie va plonger en enfer. La jeune femme se tire une balle en plein visage, après lui avoir murmuré d’étranges propos.

Se rendre à la police ? Brady panique et prend la fuite. Sa femme, Annabel, flic à Brooklyn, se voit confier l’affaire avec son collègue Jack Thayer, qui ne croit pas en la thèse du suicide.

Commence alors une course poursuite vers la vérité, une enquête qui va disséquer l’Homme dans ce qu’il a de plus primitif. »

Voici un roman dont j’ai trouvé le rythme un peu lent au départ, et dans lequel j’ai eu du mal à me plonger, contrairement à ma lecture de Millenium 1 de Stieg Larsson. Heureusement, les choses s’accélèrent après le suicide de Rubis.

Grand fan de Maxime Chattam, j’ai retrouvé dans La promesse des ténèbres son style habituel. Un peu trop en fait…

Voilà 2 mois que j’essaye tant bien que mal de lire son 11ème roman. Et oui j’avoue avoir du mal et n’en suis toujours qu’au tiers du livre ! Non pas tant par son style que surtout, par le thème traité, celui du monde de la pornographie, qui nécessite d’une certaine façon, une écriture…pénétrante et qui laisse un goût amer dans la bouche ! C’est le moins qu’on puisse dire ! Glauque, bestial, atroce, ultra-violent, ignoble, avilissant, gore… Voilà les mots qui me viennent les premiers à l’esprit en lisant La promesse des ténèbres avec des passages qui auraient mérité d’être plus sublimés. Mais ça n’aurait pas été un roman digne de son auteur ! On a le droit ici à un langage très crû qui nous entraîne profondément dans le monde du porno et qui de par sa lecture très dérangeante, peut mettre mal à l’aise ; qui suscite des sentiments violents mêlés d’intrusion, de honte, d’abjection, de dégoût  et de rejet. Un rejet que j’analyse à deux niveaux : primo, celui du sujet traité en lui-même et deuzio ce à quoi il renvoie en chacun de nous. Imaginez-vous devant un miroir — non pas déformant — mais qui ne reflète de vous, que le pire côté, le plus sombre et le plus animal de votre personne. Ce côté que chacun de nous possède et qu’il essaye de cacher tant bien que mal, autant à autrui qu’à lui-même. Ce côté que nous méprisons, voire haïssons. Ce côté que nous refusons pour la plupart. Ce côté que nous vivons par procuration quand nous le pouvons. Ce côté qui fait malgré tout partie de nous. Cette vérité qui fait toujours mal.

Car au-delà de la pornographie, ce roman nous invite à une certaine réflexion. Sur nous-mêmes, tous autant que nous sommes. L’Homme est-il foncièrement bon ou  mauvais ? Est-il capable du meilleur comme du pire ? Qu’est-ce qui fait courir l’Homme ? Nos valeurs, acquises ? Ou nos pulsions, innées ? Que sommes-nous vraiment ? Et jusqu’à quel point ou jusqu’à quel niveau pouvons-nous encore garder le contrôle ? Qu’en est-il dans notre rapport à la société et de notre position dans cette dernière ? Que montrons-nous, que cachons-nous ?…

Mon opinion personnelle : Autant de questions brûlantes et qui nous obligent, non pas à une remise en question (encore que, elle peut intervenir pour les plus innocents d’entre nous), mais à une obligation d’assumer notre nature profonde, et de facto de pouvoir l’assumer (au moins essayer !). J’ai quitté il y a longtemps le monde des Bisounours. Je doute même y avoir mis les pieds un jour et, ça n’engage que moi, mais je pense que le monde est dirigé par 3 valeurs : le sexe, l’argent et le pouvoir. Quid de l’amour  ? (Sic !) Chacune de ses valeurs étant interchangeable et pouvant procurer les deux autres.

Pessimisme diront les uns. Fatalité diront les autres. Cette opinion n’est que mon regard, (hyper ?)-réaliste, porté sur le monde actuel. Il est d’ailleurs « amusant » de constater ce qu’on peut lire depuis quelques semaines dans les médias… Je vous invite d’ailleurs à lire le billet de Maxime Chattam à ce sujet dont je partage l’avis. Loin d’être un évènement indépendant, l’affaire DSK n’est que le début et prend la forme d’un bac révélateur.  Je pense que beaucoup de têtes vont tomber dans les mois à venir…

Le souci que je vois dans tout cela et de faire l’amalgame, un peu trop rapide, entre cette réalité et la ploutocratie. Cette vérité existe dans toutes les classes sociales, de l’ouvrier à l’aristocrate. Je me souviens d’ailleurs avoir lu un article il y a des années au sujet d’un cadre moyen (un technocrate ?) qui s’envoyait en l’air avec une prostituée car il respectait trop sa femme (sic !) pour lui demander certaines choses… Ah biologie quand tu nous tiens ! Certes notre nature est toujours présente en nous et il est nécessaire, voire vital, de l’accepter pour en être conscient et ainsi éviter des débordements et/ou des comportements inacceptables. Ce que je vois dans cet exemple, c’est surtout un homme trop faible et incapable de se contrôler. C’est à chacun d’assumer sa part de responsabilité en décidant de rester un animal ou de devenir un Homme, doué de morale, de raison et capable de travailler sur lui pour rester maître de lui.

Cela étant et bien que je ne puisse pour l’instant continuer ce roman, j’applaudis l’auteur pour son courage ; celui d’aborder un thème qui me paraît très difficile, pour ne pas dire délicat, à traiter. Par ailleurs il remplit, là encore, très bien son rôle d’écrivain : celui de constater et de dévoiler. Voilà un défenseur de la vérité ! Enfin, on peut sentir à travers l’histoire une recherche très précise et très bien documentée.
Premier devoir de l’écrivain : celui d’investigation !

J’ai besoin pour l’instant d’une pause avant de reprendre sa lecture… qui précédera l’écriture d’un deuxième billet car je compte bien le lire jusqu’au bout. Le suspense est bien au rendez-vous et j’aimerai bien connaître la fin ! D’ici là, je vais commencer sous peu mon premier polar nordique avec Laisse-moi entrer de John Ajvide Lindqvist, romancier suédois, qui aborde le thème des vampires dans son premier roman !

 

Extraits :

[...] — Je suis une fille atypique, vous vous rappelez ? Le sexe sous toutes ses formes, c’est ce que je suis aujourd’hui. Sans tabous, sans limites. Tenez, là, je pourrais me pencher et vous faire une pipe, juste pour vous rendre heureux, ça ne me dérangerait pas, je suis un instrument de plaisir. [...]

[...] Brady s’était souvent interrogé  sur ces deux aspects de l’érotisme masculin. La séparation du corps et de l’esprit. Lequel avait le pouvoir sur l’autre ? Pour Brady, deux notions s’affrontaient. Le désir et la pulsion.
Une excitation aux deux visages.
Le désir, le plus régulier, le plus tiède aussi, pouvait naître d’une simple envie, d’un affect, il pouvait même être invoqué ; il procurait une jouissance libératrice. Brady le considérait cérébral, sous contrôle.
La pulsion,  plus rare, surgissait tel un tsunami des profondeurs du cortex, dévastatrice. L’héritage d’un comportement animal. Imprévisible [...]

[...] Cette fois, pendant que l’un la prenait, les cinq autres lui incisaient légèrement la chair à l’aide de lames de rasoir, sur les flancs, les bras, les seins, le cou, les cuisses…
Elle fut vite couverte de sang, une pellicule huileuse sur laquelle ils s’agitaient en grognant de satisfaction. Rubis avait le regard halluciné, pourtant, elle se soumettait, comme asservie à leur moindre lubie [...]

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« Reading cure », et si vous tendiez un livre ?

mai 1, 2011 dans Coups de ♥, Ici et là, Réflexions

 

Je suis, dernièrement, tombé sur un article de l’Express au sujet de la Reading cure. Voilà un titre bien alléchant, qui donne une autre dimension peut-être pas assez abordée, de l’aspect « thérapeutique » de la lecture en plus des raisons qui nous poussent à lire ; selon les personnes, les envies et les circonstances.

Avant d’aborder la Reading cure, il me paraît logique de faire un petit détour par ce que représente la lecture. Je vous invite d’ailleurs à lire l’un de mes billets précédents, me concernant, intitulé : « Tombé dans les mots ! ». Simple divertissement pour les uns, envie de découverte pour les autres, ou le plaisir de partager une lecture avec d’autres personnes, le livre est encore — ou aussi — pour d’autres (consciemment et inconsciemment), une possibilité d’entrer dans nos rêves (accessibles ou pas) ou de fuir certaines réalités parfois bien douloureuses et se révèle donc être une aide thérapeutique. Une sorte de confident, toujours présent, sans aucune critique ni aucun jugement. Dans son sac à main, dans la poche d’un manteau, sur sa table de nuit ou celui de son bureau, voire même sur son Smartphone. Ce livre, ce compagnon qui nous parle dans notre lit, sur notre canapé, dans le bus, sous l’ombre d’un arbre, ou sur le banc d’un parc. Peu importe où et quand, il est toujours là. Il nous aspire, tel un trou noir, dans le sillage de son histoire, de son intrigue ou de ses personnages. Pendant la parenthèse d’une lecture, nous disparaissons de notre réalité, de notre quotidien. Le livre nous donne finalement l’opportunité de sortir de l’histoire de notre propre vie dont nous sommes, pour beaucoup, de simples spectateurs. Nous entrons dans une parenthèse. Nous nous « isolons ». C’est peu dire ! Combien de fois nous a-t-on reproché de ne pas écouter, ou de n’avoir pas simplement entendu ? Et pour cause ! Quand on est plongé dans l’abysse des mots, il est difficile de remonter ! Il faut des paliers, comme en apnée !

Il existe une pléthore de solutions pour résoudre les tracas du quotidien : le sport, la gastronomie (gargantuesque cela va de soi !), le sexe, les sorties, les amis, l’alcool (malheureusement), le travail, le sommeil, la télé, les discussions ou encore d’autres passions susceptibles de nous changer les idées en évitant de penser ou au contraire qui nous aident à porter notre — lourde — attention pour la transformer en une concentration extrême ailleurs. Ces solutions ne rendent pas nos soucis plus légers et n’ont un effet que temporaire, uniquement destiné à nous faire oublier l’espace d’un instant. Moins souffrir ou ne plus souffrir. Devenir un amnésique de la souffrance. Ces solutions nous détournent de notre tristesse, de notre incompréhension, de notre douleur. Mais pour combien de temps ? Et quelle en est l’efficacité réelle ? Des solutions qui ne sont finalement pour la plupart, qu’une fuite. Avez-vous regardé « Le fugitif », réalisé par Andrew Davis en 1993 ? Ces solutions ne sont pas si lointaines du scénario de Jeb Stuart et David Twohy. On ne devient finalement qu’une bête, toujours en fuite, traquée par ses peurs et ses doutes, coincée dans l’incapacité de retrouver une vie normale. Nous devenons prisonniers de nous-mêmes. Prisonniers de notre vie.

La Reading cure est, à mon avis, une solution alternative intéressante ! Il est certes difficile de trouver chez nous des bibliothérapeutes comme en Outre-Manche, et je ne suis d’ailleurs même pas convaincu que ce concept marcherait chez nous…mais il est indéniable qu’un type de lecture, ou une histoire particulière puisse, en plus de de nous rendre amnésiques l’espace d’un moment, nous apporter des réponses (au moins partiellement !). Et par la même occasion d’ouvrir des portes intérieures qui étaient restées encore bloquées ! Des mots qui deviennent des clés et qui nous ouvrent les yeux sur la façon de gérer un problème, ou qui nous le montrent tout simplement sous un angle différent. Des mots qui deviennent un autre regard. Une histoire dans laquelle on va se retrouver, s’identifier. Des comportements et des valeurs adoptés par les personnages qui vont nous parler et faire écho en nous. Un miroir de nos problèmes mais qui nous place en tant que spectateur et qui nous apporte le recul — difficile à avoir lorsqu’on a la tête dans le seau — nécessaire pour développer notre objectivité et notre bon sens afin d’adopter THE meilleure solution à un moment donné. Une façon aussi de se dire que finalement, on est pas tout seul à vivre telle ou telle expérience ; que d’autres l’ont vécue aussi, la vivent et la vivront bien après nous. Mais gardez à l’esprit que, même si la Reading cure peut servir de prisme pour améliorer notre vue sur un paysage, elle ne fait pas de nous des voyageurs… Quoi qu’il en soit, si vous avez entre les mains un ou des livres qui peuvent guérir ou accompagner un(e) ami(e), un(e) proche, un(e) amoureux(se), un enfant, un(e) anonyme ou qui sais-je, conseillez-le lui. Tendez-lui un livre.

Nos problèmes sont juste une histoire de maux à soigner. Aujourd’hui, vous êtes lecteur de votre vie. Et si demain vous en deveniez l’auteur ?

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Tombé dans les mots !

février 22, 2011 dans À propos de Nathan Malory, Être écrivain

Aïe ! Maman, bobo !

J’ai toujours été bercé par les mots. Qui ne l’a pas été d’ailleurs ?

Par les contes que nos parents nous racontent pour nous border, enfants. Par ces histoires que l’on voit ou entend. Par ces histoires, remplies d’images, de symboles et de mots que l’on s’invente à soi-même ; avec l’intention consciente ou pas de nous mentir à nous-mêmes ou pour le plaisir nécessaire de se construire son propre monde intérieur. Un monde de rêves et d’espoirs où tout est permis. Peut-être le seul « vrai » moment de notre vie où on est un héros. Pas aux yeux des autres. Non. Ce monde intérieur nous est intime, c’est notre jardin secret. Nous sommes un héros à nos yeux. « Je suis un héros ». « Je suis une héroïne ».

Je me souviens des heures passées, étant enfant, à lire ! Y compris en vacances, jusqu’à 4 livres par jour ! « Les six compagnons » de Paul-Jacques Bonzon, « Sherlock Holmes » de Sir Conan doyle, « Arsène Lupin », de Maurice Leblanc m’ont accompagné pendant ma première partie de vie.

Ainsi que certains livres qui m’ont marqué à mon adolescence, tels que : « Fahrenheit 451″ de Ray Bradbury, « Ravage » de René Barjavel, « Les robots de l’aube » d’Isaac Asimov… Ainsi que d’autres auteurs tels que Stephen King, Agatha Christie, Maurice G. Dantec, Mary Higgins Clark, Patricia Highsmith et beaucoup d’autres…

Bien sûr je me suis aussi plongé dans Jules Verne, un auteur de génie, un visionnaire ! (Selon l’Index Translationum de l’Unesco, il serait d’ailleurs l’auteur de langue française le plus traduit dans le monde avec pas moins de 4223 traductions !)

Je me suis toujours demandé s’il n’avait pas percé le secret du voyage dans le temps…Des histoires extraordinaires, tirées d’on ne sait où ! Des personnages charismatiques. Des engins qui n’existaient pas encore à l’époque.

Le gentleman Phileas Fogg avec son flegme britannique. Michel Strogoff avec son sens du devoir et de l’importance de la parole donnée. Le Capitaine Nemo avec son génie et ses convictions philo-sociétales. Cyrus Smith et l’étendue de son savoir. Arsène Lupin avec tous ses talents. Sherlock Holmes et son sens de l’observation et de l’analyse. Clarisse McClellan avec sa libre pensée, et encore beaucoup d’autres…autant de personnages qui ont commencé à façonner (je ne m’en rendais pas encore compte à l’époque) mon imaginaire de petit garçon et à contribuer à ma future vie d’homme.

Des lectures qui m’ont donc accompagné. Soigné. Fait rêver. Une rencontre, déterminante, avec les mots. Des lectures qui m’ont appris à regarder, à observer, à écouter, à être curieux, à vouloir comprendre ce qui m’intriguait, à penser. Des lectures qui m’ont appris à apprendre. Des lectures qui m’ont construit et fait grandir. L’une de ces rencontres qui changent la vie.

Et vous ? Comment avez-vous rencontré les mots ?

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