Bien écrire. Règle n°5 : Un bon technicien de la langue tu seras !

avril 9, 2013 dans Être écrivain, Langue française

Je continue d’apprendre à écrire.

D’ailleurs, écrire est comme tout métier. Il y a une part de talent, ce fameux coup de baguette magique qui semble inné à des « élus », que l’on ne sait pas trop expliquer et qui permet de faire des merveilles dans une voie, qu’elle soit professionnelle, sportive ou artistique et qui transforme un homme ou une femme en artiste reconnu et admiré par la société humaine.

ET il y a aussi l’expérience que l’on acquiert au fil du temps. Ces réussites et ces échecs qui nous permettent de réfléchir à ce qui nous anime à l’intérieur et de faire évoluer notre passion. L’expérience peut-elle donner naissance au talent ?

Quoi qu’il en soit, cette expérience représente une sorte de base à l’épistémologie — celle de l’écriture ici — sur laquelle je me pencherai un jour davantage, quand j’aurai acquis plus d’expérience et de maturité littéraires. Le jour où je ne serai plus un apprenti mais un écrivain confirmé.

Cela étant, j’écris au quotidien et je côtoie également beaucoup de gens qui écrivent déjà aussi, d’autres qui ont essayé et qui ont laissé tomber, d’autres enfin qui n’osent pas se lancer.

Nous sommes tous différents, et nous écrivons différemment, et pour des raisons différentes. Nous avons chacun un rapport aux mots qui n’est pas le même et aussi une expérience et un regard différents sur l’écriture.

J’ai envie de dire : « Allez-y ! Osez ! Jetez-vous dans les mots, ils n’attendent que vous ! »

Certes… Mais par où commencer ?

Instinctivement, si au départ vous n’écrivez que pour vous, pas d’exigence particulière, j’aurais tendance à vous dire de vous laisser guider par votre intuition. Laissez votre main, ou vos doigts, écrire pour vous, peu importe le sujet. J’y reviendrai ultérieurement dans un autre billet.

Mais si vous écrivez pour être lu, l’exigence est alors de rigueur et aujourd’hui, je compte environ 5 qualités que je juge nécessaires pour « bien écrire » en dehors du talent de l’artiste, et qui sont issues de ma propre expérience. Elles ne sont donc pas absolues et d’autres personnes pourraient vous donner d’autres qualités qu’ils jugeraient également tout aussi pertinentes ! Il est même très probable que ces mêmes qualités que je considère aujourd’hui ne seront pas tout à fait les mêmes dans l’avenir ou alors elles seront complétées. Ça ne sera plus un top 5 mais un top 10. :-)

Aujourd’hui, je commence donc par la première qualité ou règle qui me semble la moins importante (j’expliquerai dans un autre billet pourquoi) mais qui paradoxalement est tellement capitale qu’il n’est pas envisageable de passer à côté… Celle d’être…

…un bon technicien de la langue. J’entends par là, connaître les règles élémentaires de la langue : l’orthographe, la grammaire, la syntaxe et la ponctuation. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de connaître toutes les règles et d’ailleurs il serait assez difficile de toutes les connaître tellement la langue française est tordue et regorge d’exceptions ! Je laisse cette perfection à ces cracks qui ne font aucune faute aux dictées complètement insensées de M. Pivot, et qui forcent mon admiration. Moi-même enfant, je faisais environ 15 fautes aux dictées adultes !

Néanmoins, je dirais qu’il est possible, tout en connaissant quelques règles de base de corriger au moins 80% des fautes usuelles que l’on rencontre tous les jours. Ce sont des règles dont la maîtrise ne demande aucun talent et qui peuvent s’acquérir très facilement juste en les apprenant. Une certaine humilité me semble aussi importante, celle de vérifier au moindre doute ! Grevisse, Bescherelle et Google sont vos amis ! N’hésitez donc pas à vérifier, revérifier ET aussi à solliciter l’aide de votre entourage. Beaucoup oublient une règle essentielle qui est de se faire relire !

Pourquoi cette règle n°5 est-elle importante ? Eh bien parce que c’est elle qui viendra en bout de chaîne de votre création littéraire et qui empêchera vos lecteurs de partir en courant au bout de la dixième faute ! Lire un texte plein de fautes est épuisant, gêne la lecture et surtout sa compréhension ! Bref…on referme le livre au bout de deux pages…c’est dommage ! Qui sait…vous venez peut-être de passer à côté du nouveau prix Goncourt ! Avant d’être un auteur, soyez d’abord votre propre lecteur ! (dans la mesure du possible bien sûr…)

Sachant que tous les grands auteurs ne sont pas forcément de bons techniciens de la langue. Certains sont corrigés. Comme quoi on peut avoir du talent tout en faisant des fautes (dans une proportion raisonnable.)

J’en profite pour insister sur un dernier point et là je m’adresse autant aux auteurs qu’aux lecteurs et aux éditeurs. Toutes les maisons d’édition n’imposent pas une correction des manuscrits. Et à une époque où les petits éditeurs se multiplient, beaucoup ne proposent une correction qu’en option, laquelle n’est souvent pas choisie par l’auteur pour des raisons qu’on peut comprendre : beaucoup d’entre eux (la plupart en fait…) ne gagnent pas leur vie avec l’écriture et ces petits éditeurs publient, sans que cela les dérange le moins du monde, des ouvrages qui donnent malheureusement une mauvaise image de la profession d’écrivain et d’éditeur. Il est du devoir de chacun, dans la chaîne du livre, de ne pas faire de tort aux professions, de faire honneur à la langue française et de respecter les lecteurs.

À bon entendeur !

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Le rôle d’un écrivain (2)

juillet 1, 2011 dans Être écrivain, Réflexions

 

Dans mon billet précédent Le rôle d’un écrivain (1), j’ai évoqué mes premières interrogations à ce sujet et donc sur le début de ma réflexion quant à mon «devoir» d’homme de lettres, lequel découle en partie des difficultés rencontrées dans l’exercice délicat de l’écriture.

En général quand je dois écrire quelque chose qui n’est pas spontané, je passe volontairement par une « phase de conditionnement » (qui peut durer de plusieurs heures à plusieurs jours, c’est selon). C’est-à-dire que je me « rebranche » sur un évènement passé, pour faire appel à ma mémoire émotionnelle et revivre un ressenti et une réaction passés. Pas toujours évident. Soit de revivre des émotions vraiment vécues mais douloureuses ou au contraire d’aborder un champ émotionnel pas ou peu vécu ce qui peut nécessiter de rencontrer d’autres personnes afin de gagner en authenticité.

Quoi qu’il en soit, un écrivain, peu importe ce qu’il écrit, écrit par rapport à lui-même (pas forcément pour lui-même). J’entends par là qu’il écrit par rapport à son vécu qui va influencer la perception qu’il a de la vie en général. Et donc de la société humaine. Il va écrire en s’identifiant ou au contraire on s’opposant. Il va décrire ce qu’il a vu ou entendu en fonction de ses ressentis, de sa propre expérience. Il va inventer ce qu’il aurait voulu et qui n’a pas été. La vie d’un écrivain est son propre point de référence (par la force des choses, pas par égocentrisme !).

C’est un premier constat.

La suite à lire dans la 3ème et dernière partie « Le rôle d’un écrivain (3)« .

 

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« La promesse des ténèbres » de Maxime Chattam (1)

juin 4, 2011 dans Lectures et critiques littéraires

Avril – Mai 2011

La promesse des ténèbres de Maxime Chattam

 

« New York, mégalopole de tous les possibles. De tous les excès aussi…

Brady O’ Donnel, journaliste indépendant, décide de faire un reportage sur l’industrie pornographique. Il rencontre Rubis, starlette de films X, dans une ruelle sombre et sordide de New York pour l’interviewer. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’en une seconde sa vie va plonger en enfer. La jeune femme se tire une balle en plein visage, après lui avoir murmuré d’étranges propos.

Se rendre à la police ? Brady panique et prend la fuite. Sa femme, Annabel, flic à Brooklyn, se voit confier l’affaire avec son collègue Jack Thayer, qui ne croit pas en la thèse du suicide.

Commence alors une course poursuite vers la vérité, une enquête qui va disséquer l’Homme dans ce qu’il a de plus primitif. »

Voici un roman dont j’ai trouvé le rythme un peu lent au départ, et dans lequel j’ai eu du mal à me plonger, contrairement à ma lecture de Millenium 1 de Stieg Larsson. Heureusement, les choses s’accélèrent après le suicide de Rubis.

Grand fan de Maxime Chattam, j’ai retrouvé dans La promesse des ténèbres son style habituel. Un peu trop en fait…

Voilà 2 mois que j’essaye tant bien que mal de lire son 11ème roman. Et oui j’avoue avoir du mal et n’en suis toujours qu’au tiers du livre ! Non pas tant par son style que surtout, par le thème traité, celui du monde de la pornographie, qui nécessite d’une certaine façon, une écriture…pénétrante et qui laisse un goût amer dans la bouche ! C’est le moins qu’on puisse dire ! Glauque, bestial, atroce, ultra-violent, ignoble, avilissant, gore… Voilà les mots qui me viennent les premiers à l’esprit en lisant La promesse des ténèbres avec des passages qui auraient mérité d’être plus sublimés. Mais ça n’aurait pas été un roman digne de son auteur ! On a le droit ici à un langage très crû qui nous entraîne profondément dans le monde du porno et qui de par sa lecture très dérangeante, peut mettre mal à l’aise ; qui suscite des sentiments violents mêlés d’intrusion, de honte, d’abjection, de dégoût  et de rejet. Un rejet que j’analyse à deux niveaux : primo, celui du sujet traité en lui-même et deuzio ce à quoi il renvoie en chacun de nous. Imaginez-vous devant un miroir — non pas déformant — mais qui ne reflète de vous, que le pire côté, le plus sombre et le plus animal de votre personne. Ce côté que chacun de nous possède et qu’il essaye de cacher tant bien que mal, autant à autrui qu’à lui-même. Ce côté que nous méprisons, voire haïssons. Ce côté que nous refusons pour la plupart. Ce côté que nous vivons par procuration quand nous le pouvons. Ce côté qui fait malgré tout partie de nous. Cette vérité qui fait toujours mal.

Car au-delà de la pornographie, ce roman nous invite à une certaine réflexion. Sur nous-mêmes, tous autant que nous sommes. L’Homme est-il foncièrement bon ou  mauvais ? Est-il capable du meilleur comme du pire ? Qu’est-ce qui fait courir l’Homme ? Nos valeurs, acquises ? Ou nos pulsions, innées ? Que sommes-nous vraiment ? Et jusqu’à quel point ou jusqu’à quel niveau pouvons-nous encore garder le contrôle ? Qu’en est-il dans notre rapport à la société et de notre position dans cette dernière ? Que montrons-nous, que cachons-nous ?…

Mon opinion personnelle : Autant de questions brûlantes et qui nous obligent, non pas à une remise en question (encore que, elle peut intervenir pour les plus innocents d’entre nous), mais à une obligation d’assumer notre nature profonde, et de facto de pouvoir l’assumer (au moins essayer !). J’ai quitté il y a longtemps le monde des Bisounours. Je doute même y avoir mis les pieds un jour et, ça n’engage que moi, mais je pense que le monde est dirigé par 3 valeurs : le sexe, l’argent et le pouvoir. Quid de l’amour  ? (Sic !) Chacune de ses valeurs étant interchangeable et pouvant procurer les deux autres.

Pessimisme diront les uns. Fatalité diront les autres. Cette opinion n’est que mon regard, (hyper ?)-réaliste, porté sur le monde actuel. Il est d’ailleurs « amusant » de constater ce qu’on peut lire depuis quelques semaines dans les médias… Je vous invite d’ailleurs à lire le billet de Maxime Chattam à ce sujet dont je partage l’avis. Loin d’être un évènement indépendant, l’affaire DSK n’est que le début et prend la forme d’un bac révélateur.  Je pense que beaucoup de têtes vont tomber dans les mois à venir…

Le souci que je vois dans tout cela et de faire l’amalgame, un peu trop rapide, entre cette réalité et la ploutocratie. Cette vérité existe dans toutes les classes sociales, de l’ouvrier à l’aristocrate. Je me souviens d’ailleurs avoir lu un article il y a des années au sujet d’un cadre moyen (un technocrate ?) qui s’envoyait en l’air avec une prostituée car il respectait trop sa femme (sic !) pour lui demander certaines choses… Ah biologie quand tu nous tiens ! Certes notre nature est toujours présente en nous et il est nécessaire, voire vital, de l’accepter pour en être conscient et ainsi éviter des débordements et/ou des comportements inacceptables. Ce que je vois dans cet exemple, c’est surtout un homme trop faible et incapable de se contrôler. C’est à chacun d’assumer sa part de responsabilité en décidant de rester un animal ou de devenir un Homme, doué de morale, de raison et capable de travailler sur lui pour rester maître de lui.

Cela étant et bien que je ne puisse pour l’instant continuer ce roman, j’applaudis l’auteur pour son courage ; celui d’aborder un thème qui me paraît très difficile, pour ne pas dire délicat, à traiter. Par ailleurs il remplit, là encore, très bien son rôle d’écrivain : celui de constater et de dévoiler. Voilà un défenseur de la vérité ! Enfin, on peut sentir à travers l’histoire une recherche très précise et très bien documentée.
Premier devoir de l’écrivain : celui d’investigation !

J’ai besoin pour l’instant d’une pause avant de reprendre sa lecture… qui précédera l’écriture d’un deuxième billet car je compte bien le lire jusqu’au bout. Le suspense est bien au rendez-vous et j’aimerai bien connaître la fin ! D’ici là, je vais commencer sous peu mon premier polar nordique avec Laisse-moi entrer de John Ajvide Lindqvist, romancier suédois, qui aborde le thème des vampires dans son premier roman !

 

Extraits :

[...] — Je suis une fille atypique, vous vous rappelez ? Le sexe sous toutes ses formes, c’est ce que je suis aujourd’hui. Sans tabous, sans limites. Tenez, là, je pourrais me pencher et vous faire une pipe, juste pour vous rendre heureux, ça ne me dérangerait pas, je suis un instrument de plaisir. [...]

[...] Brady s’était souvent interrogé  sur ces deux aspects de l’érotisme masculin. La séparation du corps et de l’esprit. Lequel avait le pouvoir sur l’autre ? Pour Brady, deux notions s’affrontaient. Le désir et la pulsion.
Une excitation aux deux visages.
Le désir, le plus régulier, le plus tiède aussi, pouvait naître d’une simple envie, d’un affect, il pouvait même être invoqué ; il procurait une jouissance libératrice. Brady le considérait cérébral, sous contrôle.
La pulsion,  plus rare, surgissait tel un tsunami des profondeurs du cortex, dévastatrice. L’héritage d’un comportement animal. Imprévisible [...]

[...] Cette fois, pendant que l’un la prenait, les cinq autres lui incisaient légèrement la chair à l’aide de lames de rasoir, sur les flancs, les bras, les seins, le cou, les cuisses…
Elle fut vite couverte de sang, une pellicule huileuse sur laquelle ils s’agitaient en grognant de satisfaction. Rubis avait le regard halluciné, pourtant, elle se soumettait, comme asservie à leur moindre lubie [...]

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Tombé dans les mots !

février 22, 2011 dans À propos de Nathan Malory, Être écrivain

Aïe ! Maman, bobo !

J’ai toujours été bercé par les mots. Qui ne l’a pas été d’ailleurs ?

Par les contes que nos parents nous racontent pour nous border, enfants. Par ces histoires que l’on voit ou entend. Par ces histoires, remplies d’images, de symboles et de mots que l’on s’invente à soi-même ; avec l’intention consciente ou pas de nous mentir à nous-mêmes ou pour le plaisir nécessaire de se construire son propre monde intérieur. Un monde de rêves et d’espoirs où tout est permis. Peut-être le seul « vrai » moment de notre vie où on est un héros. Pas aux yeux des autres. Non. Ce monde intérieur nous est intime, c’est notre jardin secret. Nous sommes un héros à nos yeux. « Je suis un héros ». « Je suis une héroïne ».

Je me souviens des heures passées, étant enfant, à lire ! Y compris en vacances, jusqu’à 4 livres par jour ! « Les six compagnons » de Paul-Jacques Bonzon, « Sherlock Holmes » de Sir Conan doyle, « Arsène Lupin », de Maurice Leblanc m’ont accompagné pendant ma première partie de vie.

Ainsi que certains livres qui m’ont marqué à mon adolescence, tels que : « Fahrenheit 451″ de Ray Bradbury, « Ravage » de René Barjavel, « Les robots de l’aube » d’Isaac Asimov… Ainsi que d’autres auteurs tels que Stephen King, Agatha Christie, Maurice G. Dantec, Mary Higgins Clark, Patricia Highsmith et beaucoup d’autres…

Bien sûr je me suis aussi plongé dans Jules Verne, un auteur de génie, un visionnaire ! (Selon l’Index Translationum de l’Unesco, il serait d’ailleurs l’auteur de langue française le plus traduit dans le monde avec pas moins de 4223 traductions !)

Je me suis toujours demandé s’il n’avait pas percé le secret du voyage dans le temps…Des histoires extraordinaires, tirées d’on ne sait où ! Des personnages charismatiques. Des engins qui n’existaient pas encore à l’époque.

Le gentleman Phileas Fogg avec son flegme britannique. Michel Strogoff avec son sens du devoir et de l’importance de la parole donnée. Le Capitaine Nemo avec son génie et ses convictions philo-sociétales. Cyrus Smith et l’étendue de son savoir. Arsène Lupin avec tous ses talents. Sherlock Holmes et son sens de l’observation et de l’analyse. Clarisse McClellan avec sa libre pensée, et encore beaucoup d’autres…autant de personnages qui ont commencé à façonner (je ne m’en rendais pas encore compte à l’époque) mon imaginaire de petit garçon et à contribuer à ma future vie d’homme.

Des lectures qui m’ont donc accompagné. Soigné. Fait rêver. Une rencontre, déterminante, avec les mots. Des lectures qui m’ont appris à regarder, à observer, à écouter, à être curieux, à vouloir comprendre ce qui m’intriguait, à penser. Des lectures qui m’ont appris à apprendre. Des lectures qui m’ont construit et fait grandir. L’une de ces rencontres qui changent la vie.

Et vous ? Comment avez-vous rencontré les mots ?

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