La mécanique du coeur de Mathias Malzieu

juillet 3, 2014 dans Lectures et critiques littéraires

la-mecanique-des-coeur

Edimbourg, 1874.

Jack nait le jour le plus froid du monde et son cœur en reste gelé. Mi-sorcière mi-chaman, la sage-femme qui aide à. l’accouchement parvient à sauver le nourrisson en remplaçant le cœur défectueux par une horloge. Cette prothèse fonctionne et Jack vivra, à condition d’éviter toute charge émotionnelle : pas de colère donc, et surtout, surtout, pas d’état amoureux. Mais le regard de braise d’une petite chanteuse de rue mettra le cœur de fortune de notre héros à rude épreuve prêt à toit pour la retrouver, Jack se lance tel Don Quichotte dans une quête amoureuse qui le mènera des lochs écossais jusqu’aux arcades de Grenade et lui fera connaitre les délices de l’amour comme sa cruauté.

Il y a un certain temps, j’ai eu l’occasion de lire « La mécanique du cœur » de Mathias Malzieu. Un livre qui m’a agréablement surpris. Un livre « surprise » d’autant plus particulier qu’il m’a été offert par une amie.

Le titre en lui-même ainsi que la couverture sont intéressants et posent la question d’une « matérialité » du cœur. Ce dernier fonctionne-t-il comme une « simple » mécanique ? Le cœur peut-il ressembler à une horloge ou l’inverse ? Il suffirait de le « remonter » ou de l’arrêter, bref on pourrait le contrôler… contrôler cette entité mystérieuse, imprécise et aléatoire ô combien source de cyclones intérieurs au moins souvent incompréhensibles.

Voilà en tout cas un livre dans la lignée des « contes initiatiques » comme le Petit prince ou le Chevalier à l’armure rouillée. Un livre qui se conte autant aux adultes qu’aux enfants et qui cache derrière une grande simplicité apparente une profondeur et une réflexion sur la passion amoureuse. La mécanique du cœur touche tout un chacun peu importe son histoire en racontant une histoire de cœur entre les deux personnages principaux que sont Jack et Miss Acacia enivrés dans les sentiments, la spontanéité, des interrogations, des disputes, des moments difficiles et de bons moments.

Ce qui a fait de ce livre un coup de cœur est son incroyable poésie ! Tout y est écrit avec beaucoup de subtilité et de délicatesse. En ce sens La mécanique du cœur de Mathias Malzieu mérite vraiment une distinction particulière tant il s’écarte, comme 1Q84, de ce qui s’écrit aujourd’hui.

Extraits :

[...] J’aurais voulu prendre un peu plus de temps pour observer à loisir ses chevilles de poussin, pour remonter le long de ses mollets aérodynamiques jusqu’aux cailloux ambrés qui lui servent de genoux. Alors j’aurais longé ses cuisses entrouvertes pour me poser sur la plus douce des pistes d’atterrissage. Là je me serais entraîné à devenir le plus grand caresseur-embrasseur du monde. A chaque fois qu’elle voudra rentrer chez elle, je lui ferai le coup. Blocage temporel, suivi d’un cours de langues pas étrangères. Alors je redémarrerai le monde, elle se sentira toute chose et elle ne pourra résister à l’idée de passer encore quelques vraies minutes lumineuses au creux de mon lit. Et durant ces instants volés au temps, elle ne sera que pour moi. [...]

[...] — A qui sont toutes ces larmes ? je lui demande.
— Ce sont les miennes. Dès que je pleure, je récupère mes larmes dans un flacon et je les stocke dans cette cave pour en faire des cocktails.
— Comment est-ce possible que tu en fabriques de telles quantités ?
— Dans ma jeunesse, un embryon s’est trompé de direction pour rejoindre mon ventre. Il s’est coincé dans l’une de mes trompes, provoquant une hémorragie interne. Depuis ce jour, je ne peux pas avoir d’enfant. Même si je suis heureuse d’en faire naître pour les autres, j’ai beaucoup pleuré. Mais ça va mieux depuis que tu es là…
J’ai honte de lui avoir posé la question.
— Un jour de longs sanglots, je me suis aperçu que boire les larmes apportait du réconfort, surtout mélangées à un peu d’alcool de pomme. Mais il ne faut pas en prendre lorsqu’on est dans un état normal, sinon on ne parvient plus à être joyeux sans en boire et c’est le cercle vicieux, on n’arrête pas de pleurer pour pouvoir boire ses larmes.
— Tu passes ton temps à réparer les gens, mais tu noies tes blessures dans l’alcool de tes propres larmes, pourquoi ?
— Ne t’inquiète pas pour tout ça [...]

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Extraits de « Et si l’Amour… »

juin 5, 2013 dans À propos de Nathan Malory, essai "Et si l'amour...", Être écrivain

Voilà ce à quoi la société humaine se résume aujourd’hui. La fornication animale pure et dure. L’homme et la femme, parfois on peut même se demander lequel est lequel. Deux produits de consommation. Deux animaux faibles dominés par leurs seules pulsions. On prend, on jouit, on jette. Sur ce principe, on comprend mieux pourquoi il y a autant de célibataires et de divorces. Comme s’il existait une croyance, faussement répandue, selon laquelle l’union durable du couple dans sa définition la plus traditionnelle, empêchait le plaisir, l’excitation ou le bonheur et que le seul moyen d’y arriver n’était au fond que l’infidélité ou le célibat sexuel, seules portes du bonheur qui se transforment en une sorte de bacchanale du sexe totalement libertine et déculpabilisée dont l’admiration n’est égale qu’au nombre excessif de parties de jambes en l’air pour ses pratiquants à qui il ne manque plus que des Jeux Olympiques. La vie est devenue banalement et tristement horizontale. Rien de nouveau. Rien d’extraordinaire. Bon, je vous l’accorde, en vertical ou en oblique, c’est possible aussi. Qui a dit que le morpion était ennuyeux ? Alors forcément, quand on perçoit une vraie relation comme une prison aliénante du plaisir et du bonheur, on comprend mieux pourquoi.

Soyons clairs sur une chose : je ne prône pas du tout l’abstinence ! Surtout pas, je dirais ! Et puis je considère que l’Amour et le sexe sont indissociables. Le sexe étant pour sa part un besoin, une fonction et un plaisir nécessaires dans la vie humaine. La société a évolué, sa sexualité également. La révolution sexuelle est passée par là. Curieusement, on semble revenir à un nouveau carrefour où l’humain revendique à la fois sa « liberté sexuelle » mais en même temps un certain « retour aux valeurs ». Est-il possible de concilier les deux ou faut-il faire un choix ?

Et l’Amour dans tout ça ?
C’est « drôle » mais on n’en n’a jamais autant parlé et on ne s’en est jamais autant éloigné à la fois. Et quand bien même, l’Amour semble avoir perdu ses lettres de noblesse. Il a été relégué dans les celliers de l’oubli avec les torchons et les serviettes.

Faire la distinction entre apprécier ce qu’est la personne (sa personnalité, son histoire personnelle, ses valeurs, ses rêves etc.) de ce qu’elle vous apporte et bien sûr sans essayer de façonner la personne pour qu’elle ressemble à ce que VOUS souhaiteriez qu’elle ressemble, lui montrer que vous l’aimez telle qu’elle est en lui laissant la liberté d’exprimer son individualité. Une relation se construit à deux, chacun mettant un peu de soi-même à l’intérieur, mais sans se perdre soi-même !

Chaque phrase, chaque mot que j’écris traduit très fidèlement ma pensée. Voilà déjà quelques clefs de l’Amour vrai : franchise, sincérité et authenticité. Alors, pas d’hypocrisie ici ni de lunettes roses pour regarder les petits poneys sur un arc-en-ciel en prenant le risque de vivre dans le mensonge. Les valeurs ne doivent sûrement pas être mises à la poubelle mais elles ne doivent pas qu’être exprimées, elles doivent aussi être démontrées, si l’on veut vraiment être crédible. Être, au-delà de parler. Et je serai tout au long de ce livre, jusqu’à son point final.

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Prochain ouvrage à paraître : un essai sur…l’Amour !

novembre 12, 2012 dans À propos de Nathan Malory, essai "Et si l'amour...", Réflexions, Œuvres littéraires

 

La 4ème de couverture.

Et si l'Amour... de Nathan Malory

 

Et si…Nathan Malory nous donnait sa vision de l’Amour au 21ème siècle ?

Cela donnerait sans doute un portrait sombre et affligeant, saigné par une perte de valeurs et de repères.

Et si…des cœurs solitaires ou pas, se sentaient emprisonnés dans une société moderne toujours plus égoïste, superficielle et intéressée ?

Et si…les sentiments étaient devenus des produits de supermarché au rabais au profit d’un dogme du cul exclusif brut et animal qui règne en maître responsable d’un Amour vrai en voie d’extinction ?

Et si…au fond…

Tout n’était pas perdu ?

Alors peut-être que Nathan Malory lancerait aussi une bouteille à la mer. Il s’adresserait aux plus audacieux et nous livrerait son secret : la différence entre l’ »Amour » réflexe et l’Amour conscient, seul Amour de qualité qui peut nous permettre de vivre pleinement et consciemment une Véritable histoire d’Amour basée sur l’essentiel.

Et si l’Amour vrai…n’attendait plus que vous ?

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« Le Zahir » de Paulo Coelho

avril 30, 2012 dans Lectures et critiques littéraires

Avril 2012

Le Zahir de Paulo Coelho

 

Un écrivain célèbre remet en cause tous les principes qui ont gouverné sa vie lorsque sa femme disparaît sans laisser de traces. Au fil d’un périple qui le conduira de Paris jusqu’en Asie centrale, il traverse la steppe, son désert, sa magie et ses légendes pour retrouver celle qui donne plus que jamais un sens à sa vie.

Paulo Coelho revisite mythes antiques et traditions lointaines pour évoquer les thèmes de la quête de l’amour, de la femme éternelle, du pèlerinage, de la recherche de soi et des origines de la croyance. Il recourt à l’autobiographie pour décrire avec ironie l’état du monde moderne, parler de la liberté et de la solitude, et s’interroger sur l’avenir de l’homme en quête de repères, d’amour et de spiritualité.

J’ai été attiré par le sujet. Par la couverture aussi, que je trouve vraiment sublime et qui en dit déjà long sur le sujet…
« Selon l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, l’idée du Zahir vient de la tradition islamique, et l’on estime qu’il est apparu vers le XVIIIème siècle. Zahir, en arabe, veut dire visible, présent, qui ne peut passer inaperçu. Un objet ou un être qui, une fois que nous l’avons rencontré, finit par occuper peu à peu toutes nos pensées, au point que nous ne parvenons plus à nous concentrer sur rien. Il peut signifier la sainteté, ou la folie. »

Qui n’a jamais connu l’obsession ? Voilà une façon originale de la présenter (enfin !) comme un aspect de l’âme humaine sans la juger de façon pathologique. :-)

Je viens de finir Le Zahir de Paulo Coelho.

Avis partagé.

Ce qui m’a dérangé le plus — et heureusement c’est le seul aspect — c’est l’excès de religion et de messianisme. Dieu par ici, Divin par là… Je ne me souviens pas d’avoir autant trouvé de religion dans l’alchimiste qui fut ma découverte du monde de Coelho et qui reste l’un de mes livres initiatiques préférés. En tant qu’athée, je peux lire quelques pages ayant trait à la foi religieuse. Quelques pages, mais pas 360 ! J’ai saturé et failli ne pas lire jusqu’au bout. Le livre aurait pu s’intituler « Au pays des bisounours » ! Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Tous les maux peuvent être guéris par L’énergie de l’amour !… L’amour est LA solution. Il suffit de croire. Et bien sûr il y a un Messie ! Sic. Trop c’est trop !

J’aurai souhaité une façon différente d’aborder la religion, avec des mots différents et qui ont un sens pour ceux à qui la religion n’inspire rien ou pas grand chose. Quoiqu’elle puisse être abordable quand elle est présentée autrement. Mais tout le monde ne choisit pas cette voie là. Je dirais donc que le Zahir est un livre principalement pour les croyants qui devraient trouver en lui des mots qui feront écho en eux. Je n’ai du coup pas vraiment été touché par ce livre. En tout cas pas par sa foi. Un peu comme si je lisais un livre écrit dans une langue qui m’était inconnue. Difficile de rentrer à l’intérieur.

Autre déception : je m’attendais comme l’indiquait la 4ème de couverture à un voyage au cœur de l’Asie centrale ; comme dans l’alchimiste. J’ai voyagé dans celui-ci. Dans Le Zahir, Coelho nous fait d’abord visiter l’Asie centrale, de Paris,  à travers les yeux de l’un des personnages principaux, Mikhail. Ce n’est que bien plus tard que l’on met (enfin !) pied au Kazakhstan. De façon un peu tardive à mon avis.

Voilà pour la partie négative sur laquelle je n’ai pas besoin de m’étendre davantage.

Bien entendu, cela serait purement injuste si je n’évoquais pas, de l’autre côté, ce que j’ai aimé dans cette lecture aussi religieusement sibylline soit-elle et malgré quelques désaccords d’opinion entre Coelho et moi sur la vie et l’amour.

D’une part j’ai bien aimé l’omniprésence d’Esther malgré son « absence physique » dans la plus grande partie du livre. Cette femme, le Zahir plus précisément de cet écrivain célèbre (dont on ne connaît pas le prénom) et qui a disparu sans donner d’explications. Esther qui est son obsession, et Dieu (!) sait à quel point la lecture du Zahir est remplie de sa présence. Son âme est présente partout à chaque instant. Dans chaque page, dans chaque phrase, dans chaque mot, elle est là. Une obsession qui ne peut être comprise que si on l’a déjà vécue personnellement, ainsi qu’une histoire d’amour et qui fera d’autant plus écho le cas échéant. Une obsession paradoxale et contradictoire qui devient — inévitablement — une source de questionnement passionnante ! Une réflexion sur l’amour à deux et la liberté. Une obsession qui ne peut être contrôlée, qui n’est pas un choix car subie mais qui entraîne des choix.

L’amour de l’autre ou l’amour de soi ? Aimer l’autre plus que soi-même ou s’aimer soi-même ?

Liberté ou aliénation ? Se « libérer » de cette obsession pénétrante, envahissante et dévorante qui transcende ?

Cette liberté qui fait peur ! Car elle est forcément synonyme d’éloignement. Synonyme de perte.

Cette lecture n’apporte pas toutes les réponses. Je ne pense pas que ce soit son but d’ailleurs. Elle est une quête de l’amour vrai et authentique. Elle est une invitation à se remettre en question sur sa façon d’aimer. Elle est une quête de l’âme. Elle est une invitation à partir à la rencontre de l’autre. La VRAIE rencontre, celle de l’essentiel et non celle du superficiel.

Et si en fin de compte, se libérer de l’autre c’était s’en rapprocher ?

Prochaines lectures de Coelho, sans doute Onze minutes, ou La sorcière de Portobello. Mais pour l’instant, je m’attaque à Si c’était à refaire de Marc Levy ! :-)

Extraits :

[...] Mais si je pouvais choisir une phrase ? Alors je demanderais qu’il fût gravé :
« Il est mort tandis qu’il était en vie. »
Cela pouvait sembler un contresens, mais je connaissais beaucoup de gens qui avaient déjà cessé de vivre, même s’ils continuaient à travailler, à manger et à vaquer à leurs activités habituelles. Ils faisaient tout comme des automates, sans appréhender… [...]

[...] Je suis capable d’aimer, de sentir l’absence de quelqu’un. Esther méritait beaucoup plus que des mots, mais même les mots, les simples mots, n’avaient jamais été prononcés pendant que nous étions ensembles. [...]

[...] Le pire, ce n’est pas de se promener dans Genève seul et misérable, c’est de donner à une personne qui est près de nous l’impression qu’elle n’a pas la moindre importance dans notre vie. [...]

 

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Aimer en citation

novembre 24, 2011 dans Citations et aphorismes de Nathan Malory

 

Aimer, ce n’est pas qu’aimer l’autre dans le présent, c’est aussi l’aimer dans son devenir. C’est une continuité entre aujourd’hui et demain.


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« La fille de papier » de Guillaume Musso

septembre 26, 2011 dans Lectures et critiques littéraires

Septembre 2011

La fille de papier de Guillaume Musso


« Trempée jusqu’aux os et totalement nue, elle est apparue sur ma terrasse au beau milieu d’une nuit d’orage.
D’où sortez-vous ?
Je suis tombée.
Tombée d’où ?
Tombée de votre livre. Tombée de votre histoire, quoi ! »

Tom Boyd, un écrivain célèbre en panne d¹inspiration, voit surgir dans sa vie l’héroïne de ses romans.
Elle est jolie, elle est désespérée, elle va mourir s’il s’arrête d’écrire.
Impossible ? Et pourtant…
Ensemble, Tom et Billie vont vivre une aventure extraordinaire où la réalité et la fiction s’entremêlent et se bousculent dans un jeu séduisant et mortel…

J’ai fini hier « La fille de papier«  … Je faisais du stop. Billie et Tom m’ont renversé.

Vous m’avez braqué. Vous m’avez offert la plus belle des histoires.

Vous m’avez plongé dans votre univers. C’est le cas de le dire. J’ai fait de l’apnée du début jusqu’à la fin. Je ne sais pas si vous vous en rendez compte mais vous m’avez tenu en haleine pendant près de 500 pages. Tout ça pour… me couper le souffle, enivré dans les dernières pages !

Je ne peux trop en dire quant à l’histoire en elle-même ; ça serait cruel envers ses futurs lecteurs. Mais assurément vous m’avez touché en plein cœur.

J’ai trouvé dans la fille de papier une authenticité rare au niveau des personnages. Par ailleurs très attachants. Des personnages « banals » dans un sens, au point que j’aurai pu les croiser là comme ça. Dans la rue. Dans un café. Ou je ne sais où. J’aurais pu les toucher, leur parler… je me serais peut-être bien entendu avec eux. Et pourtant il y avait aussi en eux, un petit je-ne-sais-quoi d’inexplicable. De mystique ? D’extraordinaire ? Je ne saurais dire. En tout cas ils étaient bien réels pour moi. Certains sortent avec des amis. « Alors on se fait un bowling ce soir ? », « Et si on se faisait une petite bouffe ? ». Moi je me disais « Tiens, ce soir je vais retrouver Tom et Billie. » Ils étaient mon rêve. Mon évasion de la journée.

Bref des personnages comme vous et moi, mais qui sont frappés de plein fouet par l’extraordinaire. Deux destins qui s’ignoraient. Deux destins égarés dans la nuit. Deux destins qui se sont télescopés. Foudroyés. Beaucoup d’émotions qui se bousculent et qui s’entrechoquent. Des questions qui viennent frapper à la porte. Des souvenirs passés qui viennent hanter le présent. Des décisions qui réveillent des peurs. Des envies. Et malgré tout…

Vous n’avez pas construit une histoire. Vous avez fait vivre des émotions. Vous êtes allé les chercher. Où ? Je ne sais pas… Mais vous y êtes allé. Vous êtes allé les faire naître. Ces émotions sont devenues vivantes. Indépendantes. Elles ont pris vie. Elles se sont révoltées avec un ardent désir : « Nous voulons vivre nous aussi ! ». Et vous y êtes arrivé, Monsieur Musso. Vous avez réussi l‘art de la transformation. Car ces émotions sont devenues cette belle histoire. Car après tout c’est ça une belle histoire. Ce n’est pas qu’une suite de mots ou d’idées à conter pour raconter et/ou décrire un imaginaire. C’est une histoire fantasmée qui arrive à devenir réelle. Une belle histoire c’est une histoire qui naît dans le rêve d’un cœur. Mais une histoire vivante et consciente qui trouve le secret du passage et la force pour se vivre dans la réalité.

J’aurai pu lire votre livre d’une traite. Mais je ne l’ai pas fait, non. Au contraire, j’ai voulu faire durer le plaisir. Un plaisir que vous avez subtilement inoculé en moi. Mot après mot. Phrase après phrase. Page après page. Comme un virus. Celui de la curiosité. Celui de l’envie. Celui de… l’espoir ? Chaque page que je tournais « m’emprisonnait » davantage dans un rêve que je ne voulais plus quitter.

J’étais quelqu’un avant de lire la fille de papier. Je n’étais plus le même après l’avoir terminé.

J’ai encore du mal à sortir des mots cachés sous une couverture de pudeur. Trop tôt. Trop frais. Trop… immature.

Dès le début vous m’avez happé. Quelle drôle d’idée que celle d’écrire sur un auteur qui s’est perdu en chemin ! Un écrivain talentueux ; mais un écrivain égaré en lui-même…

Heureusement que Billie est arrivée pour l’aider à retrouver le fil des mots !

 

Je voudrais quand même relever un point négatif…Vous m’avez obligé à lire jusqu’à la fin. Vous m’avez obligé, avec tristesse, à revenir dans la réalité alors que j’avais envie de rester dans les pages de votre livre…

Je m’arrête ici… Je vais mettre un moment pour « digérer » votre chef-d’œuvre, tant il m’a marqué…

 

Mon dernier mot aux futurs lecteurs : Si vous avez toujours eu envie de rencontrer l’amour et l’amitié…alors lisez la fille de papier !

Tout ça pour vous dire, Monsieur Musso… Merci. Merci du fond du cœur ! Ce que je vous souhaite : continuez de nous faire rêver avec votre plus belle encre. Celle des émotions.

 

Extraits :


[...] — Les liens se font et se défont, c’est la vie. Un matin, l’un reste, l’autre part sans que l’on sache toujours pourquoi. Je ne peux pas tout donner à l’autre avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Je ne veux pas bâtir ma vie sur les sentiments parce que les sentiments changent. Ils sont fragiles et incertains. Tu les crois profonds et ils sont soumis à une jupe qui passe, à un sourire enjôleur. Je fais de la musique parce que la musique ne partira jamais de ma vie. J’aime les livres parce que les livres seront toujours là. [...]
— Moi, ce que je voulais, repris-je, c’était partager la vie avec toi. Au fond, je crois que ça n’est rien d’autre que ça l’amour : l’envie de vivre les choses à deux, en s’enrichissant des différences de l’autre.[…]
[…] — Je sais que pour mériter l’amour, il faut se donner corps et âme, et prendre le risque de tout perdre… mais je n’étais pas prête à le faire et je ne le suis toujours pas aujourd’hui…[…]


[...] — Vous êtes peut-être très fort pour raconter une histoire, pour peindre les émotions, les douleurs, les emballements du cœur, mais vous ne savez pas décrire ce qui fait le sel de la vie : les saveurs. [...]
[...] J’affichais une moue dubitative, mais je savais qu’elle n’avait pas tout à fait tort : j’étais incapable de saisir la merveille de l’instant. Elle m’était inaccessible. Je ne savais pas la cueillir, je ne savais pas en jouir et je ne pouvais donc pas la faire partager à mes lecteurs.
— Dans vos romans, vous allez écrire : Billie mangea une mangue pour le dessert, mais vous n’allez jamais prendre le temps de détailler la saveur de cette mangue.
Délicatement, elle se mit dans la bouche un morceau de fruit juteux.
— Alors, elle est comment ?
Piqué au vif, je me prêtai malgré tout au jeu et tentai de décrire le fruit avec le plus de précision possible :
— Elle est bien mûre, fraîche juste ce qu’il faut.
— Vous pouvez faire mieux.
— Sa pulpe est sucrée, fondante, savoureuse et très parfumée…[…]

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« Laisse-moi entrer » de John Ajvide Lindqvist

septembre 12, 2011 dans Lectures et critiques littéraires

Août 2011

Laisse-moi entrer de John Ajvide Lindqvist

 

« Oskar a 12 ans, il vit seul avec sa mère au coeur d’une banlieue glacée de Stockholm. Martyrisé par trois adolescents de son collège, il rève de devenir tueur en série pour se venger de ses tortionnaires.
Eli emménage un soir dans l’appartement voisin. Elle sort le soir, semble ne craindre ni le froid ni la neige et exhale une odeur douceâtre et indéfinissable.
Entre ces deux adolescents que tout oppose naît le plus violent des sentiments : l’amour. Mais, tandis que des meurtres se succèdent dans ce quartier réputé tranquille, Oskar découvre la vraie nature d’Eli et comprend qu’elle est un vampire…

Une magnifique et sanglante histoire d’amour et d’amitié entre deux êtres désespérement seuls et différents. »


Dans mon dernier billet de lectures, j’avais donné un premier avis sur « La promesse des ténèbres«  de Maxime Chattam avant de me lancer dans un autre pavé, de 547 pages, celui de « Laisse-moi entrer » (« Låt den rätte komma in » dans la langue d’Ingrid Bergman) du Suédois John Ajvide Lindqvist (publié en 2010 et traduit par Carine Bruy) que j’ai terminé le mois dernier.

Ce livre a été ma deuxième entrée en matière satisfaisante dans le monde littéraire suédois bien que j’ai préféré « Millenium 1«  de Stieg Larsson ; cela étant, le roman de Lindqvist n’est pas un thriller à proprement parler et j’ai retrouvé — ce qui semble assez récurrent dans les romans suédois — l’envie de faire découvrir la culture nordique, notamment au niveau de l’atmosphère des lieux où l’on se retrouve en Suède et ça change (enfin !) de l’Angleterre ou des USA… N’attendez donc pas d’intrigue spécialement extraordinaire comme dans un thriller classique.

« Laisse-moi entrer », c’est donc un premier voyage dans une petite ville réelle de la Suède hivernale, Blackeberg (qui a vu naître Lindqvist), dans la banlieue de Stockholm. Dans le roman, l’histoire utilise une série de meurtres mystérieux comme toile de fond pour décrire LE vrai thème du livre : l’état, pourri, de la société contemporaine dont John Ajvide Lindqvist nous brosse un portrait plus que gore ! Alcoolisme, drogue, pédophilie, violence entre enfants, et prostitution infantile sont au rendez-vous. Âmes sensibles s’abstenir ! J’ai pour ma part trouvé certains passages très durs à lire tant c’était abject. C’est finalement la ville, Blackeberg elle-même, qui semble être un dépotoir de la noirceur la plus sombre de la nature humaine en pleine décadence. Une trame qui semble être devenue un « phénomène de mode » dans la littérature contemporaine où dépeindre le pire semble être devenu une obligation.

Le roman de Lindqvist nous plonge du début à la fin dans un sentiment dominant et omniprésent de solitude. Une solitude vécue par chaque personnage de façon différente. Oskar, cet enfant de 12 ans, martyrisé par ses camarades et qui n’a que comme seul « ami », Tommy, un autre gamin un peu plus âgé, seul lui aussi, paumé dans la drogue et le vol. Håkan, le « gardien » d’Eli, seul et isolé après avoir été désocialisé de par ses penchants pour les enfants. Et enfin, Lacke et Virginia qui ont peur de terminer leur vie seuls.

Enfin, et c’est quand même l’aspect le plus présent du roman hormis l’immersion dans le monde des vampires (très différente de la littérature classique dans ce genre), celui des deux personnages principaux : Oskar et Eli. Deux personnages à la fois pareils et différents. Oskar, petit garçon peureux, soumis et solitaire et Eli, petite fille (ou petit garçon ?), solitaire également, qui est à mon avis le personnage le plus abouti dans le roman. Un personnage qui se décrit comme « rien », à la fois masculin et féminin, jeune et vieux, monstre et humain, mort et vivant… Un personnage basé sur l’opposition, le tout et son contraire.

Quant à la relation qui les unit tous les deux : une relation forte et puissante où la frontière entre l’amour et l’amitié semble s’effacer tant leur relation est unique, attachante et émotionnelle. Une romance dramatique qui se veut humaine et tolérante dans l’acceptation des différences et dans la force — inconditionnelle — des sentiments. Une relation elle aussi en opposition car difficile à vivre. Comment leur relation va-t-elle évoluer ? Pourront-ils rester l’un auprès de l’autre ?… Je vous laisse ce roman entre les mains si vous souhaitez explorer leur lien, travaillé jusqu’au bout par Lindqvist !

Après une lecture aussi noire et dure qu’intense et passionnelle, je vais maintenant m’atteler à la lecture de  « La fille de papier«  de Guillaume Musso ! Vous êtes curieux ? Alors suivez le guide, c’est par là ! :-)

N.B : Le roman « Laisse-moi entrer » existe aussi en film (sorti la même année) dont le scénario a été confié à Lindqvist en personne.

Extraits :

[...] — Oskar…
Cela provenait de la fenêtre. Il ouvrit les yeux et regarda dans cette direction. Il vit les contours d’un petit visage de l’autre côté de la vitre. Il écarta ses couvertures mais avant qu’il ait eu le temps de sortir de son lit, Eli murmura :
— Attends. Reste dans ton lit. Est-ce que je peux entrer ?
Oskar chuchota :
— Oui.
— Dis que je peux entrer.
— Tu peux entrer. [...]

 

[...] Il suffit que tu piques un doigt ou quelque chose. Ensuite nous mêlerons nos sangs et notre pacte sera conclu.
Eli ne prit pas le couteau. Oskar le posa sur le sol afin de pouvoir attraper une goutte de sang qui était tombée de sa blessure.
— Allez. Tu ne veux pas ?
— Oskar… nous ne pouvons pas. Tu serais infecté, tu…[...]
— Pars ! Sinon tu vas mourir !
Oskar se leva et fit quelques pas en arrière. Ses pieds cognèrent dans le sac de bouteilles, qui tomba dans un grand bruit de verre cassé. Il se plaqua contre le mur tandis qu’Eli rampait jusqu’à la petite flaque de sang qui avait coulé de sa main. [...]

 

[...] — Je… ne tue pas des gens.
— Non, mais tu aimerais bien. Si tu pouvais. Et tu le ferais vraiment si c’était nécessaire.
— Parce que je les déteste. Il y a une grande…
— … différence. Vraiment ?
— Oui… ?
— Si tu t’en sortais sans être inquiété. Si ça arrivait simplement. Si tu pouvais souhaiter leur mort et qu’ils meurent. Tu ne le ferais pas dans ce cas ?
— … Si.
— Si. Et tu le ferais par plaisir. Par vengeance. Je le fais parce que je le dois. il n’y a pas d’autre moyen.
— Mais, c’est juste parce qu’ils… qu’ils me font du mal, parce qu’ils m’embêtent, parce que je…
— Parce que tu veux vivre. Exactement comme moi.
Eli tendit les mains, les posa sur les joues d’Oskar et rapprocha son visage du sien.
— Mets-toi un peu à ma place.
Et il l’embrassa. [...]


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Le mérite en citation

avril 3, 2011 dans Citations et aphorismes de Nathan Malory

 

Dans la vie, tout se mérite ! Même le respect, l’amour, l’amitié et le pardon !

 

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« Si… » de Rudyard Kipling

mars 20, 2011 dans Coups de ♥, Un peu de poésie

 

L’un de mes poèmes préférés !

 

Si…

 

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie

Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,

Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties

Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,

Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,

Pourtant lutter et te défendre ;

 

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles

Travesties par des gueux pour exciter des sots,

Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles

Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,

Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,

Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,

Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

 

Si tu sais méditer, observer et connaître,

Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;

Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,

Penser sans n’être que penseur ;

Si tu sais être dur, sans jamais être en rage,

Si tu sais être brave et jamais imprudent,

Si tu sais être bon, si tu sais être sage,

Sans être moral et pédant ;

 

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite

Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,

Si tu peux conserver ton courage et ta tête

Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois les Dieux la Chance et la Victoire

Seront à tout jamais tes esclaves soumis,

Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un homme mon fils !

 

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Nominé à un concours de lettre d’amour!

mars 16, 2011 dans À propos de Nathan Malory, Événements, Prix, récompenses et nominations

 

À toi, petit bout de bonheur qui est né il y a 18 ans et que j’aimais déjà bien avant.

J’ai toujours rêvé de toi, du bonheur et des instants partagés avec ta Maman à l’annonce de ton arrivée. Quelle joie ! Dans ce rêve, je me voyais déjà devenir gaga, en imaginant ce petit être en quête de vie, précieusement protégé par la femme que j’aime qui est ta Maman. Et puis un jour, le rêve est devenu réalité !

Nous avons alors dévoré, elle et moi, les livres pour bébés et nous nous sommes arrêtés sur chaque prénom, quitte à en inventer de nouveaux si nécessaire, porteurs de force et d’espoir pour te guider dans la vie ! Grâce à toi, nous avons aussi appris de nouveaux métiers !

D’abord je me suis improvisé dessinateur-bricoleur, et je t’ai fait un mobilier tout en couleurs ! Et puis ta Maman et moi, nous sommes devenus artistes-peintres-décorateurs et nous avons fait de ta chambre un monde de bonheur, le tien. Je me levais même dans la nuit, en cachette de ta Maman pour y mettre volontairement un peu de désordre pour que tu puisses te sentir chez toi ! J’imaginais déjà avec un grand sourire, sa tête, en découvrant le matin ce bazar laissé par…les lutins de la nuit ! Mais je n’avais pas honte car je l’avais fait pour toi.

Tout ça, c’était avant les échographies où ta mère et moi pouvions te voir et où, surexcité, je m’écriais, fou de joie : « Tiens regarde ! Comme elle ressemble à son Papa ! » et ta mère, loin de se laisser faire, de rajouter : « Mais non, n’importe quoi, elle ressemble à sa Maman ! ». Quel beau séisme d’amour dont tu étais l’épicentre ! Mais au fond tu ne ressemblais ni à l’un ni à l’autre. Non. Tu étais simplement toi, sans avoir besoin de ressembler à qui que ce soit. Notre histoire, notre amour, notre fille. Et nous étions déjà fiers de toi.

Je nous imaginais tous les trois, un samedi, prenant ta Maman en flagrant délit de sieste imposée à quatre heures de l’après-midi, heureusement épuisée par tes coups de pied, synonymes de ton besoin d’exister. Je déposais alors une couverture en laine pour vous envelopper toutes les deux au chaud. Puis, ma main sur son ventre, je m’improvisais pianiste compositeur et mes murmures se transformaient, grâce à mes doigts, en notes de musique qui résonnaient tout en douceur. Toi aussi musicienne, tu jouais de la batterie et, impatiente de communiquer, tu me répondais avec tes pieds. Sans même te connaître, tu étais la vie et j’étais déjà morgane de toi.

J’avais tellement hâte d’être dans la salle d’accouchement ! Je me disais : « Ce jour-là, je serai coach ! ». Et à ta naissance, j’ai tenu la main de ta Maman, qui, à l’instar du Capitaine Haddock, m’a donné pour l’occasion plein de noms d’oiseaux charmants ! Mais quel bonheur de la voir te mettre au monde ! J’ai coupé le cordon ombilical, et une fois langée, je t’ai confiée à ta Maman, impatiente de te blottir contre elle. Celle-ci même qui t’avait portée pendant neuf mois et qui t’avait initiée aux viennoiseries, aux fraises, aux glaces coco-citron, à la crème Chantilly et autres sucreries…et oui, tes hoquets c’était à cause d’elle !

Tu sais, ces neuf mois n’ont pas été évidents pour elle. Tu lui en as fait voir de toutes les couleurs. Mais tu n’imagines pas à quel point elle t’aimait et t’attendait ! Tu peux être fière d’elle ! Et de moi aussi ! D’avoir supporté pendant tous ces mois, son humeur si…amoureusement originale et parfois vive et imprévisible ! Je me souviens qu’une fois, ta Maman m’a très gentiment demandé d’aller chercher des fraises en…me réveillant à trois heures du matin par une nuit d’hiver à -15 °C et la voiture…bloquée dans la neige ! Heureusement que ton Papa est malin ! J’avais anticipé et en avais caché quelques kilos l’été précédent dans…le congélateur du garage, bien cachées sous les sacs de haricots et de brocolis ! Mais chuuuut…ça doit rester notre secret, ta Maman s’étant, depuis…fait pardonner !

Et quand elle trouvait dans le pot de fleurs de lune de la cuisine, la compote de petits pois que tu cachais discrètement, je prenais ta défense et disais que c’était moi qui avais confondu avec le terreau du marché, quitte à dormir une semaine sur le canapé ! Et je n’avais même pas honte car je le faisais par amour pour toi. Et puis je te comprends va ! Le vert et moi…je n’ai jamais compris pourquoi ta Maman nous prenait pour des lapins !

Je me souviens aussi de ces soirs où j’enfilais mon costume de conteur, je te bordais, prenais ta main et te racontais plein d’histoires hautes en émotions et en couleurs où ton imaginaire devenait contes et merveilles dans un royaume de bonheur. Et puis, des fois, on inventait même des histoires tous les deux ! Quand tes yeux se fermaient alors, je te donnais un baiser sur le front qui t’accompagnait au pays des songes et fermais doucement la porte sans te réveiller, en demandant à Stitch, Shrek, Nemo et Ratatouille de veiller sur toi pendant la nuit.

Au fur et à mesure des mois et des années, je me posais de plus en plus de questions sur nous deux. Comment t’exprimer mon amour de Papa ? Mais aussi sur mes craintes de mal faire ou de ne pas être à la hauteur. De toute façon, je savais que je ferais des erreurs, mais tu sais, j’ai toujours essayé de faire de mon mieux pour toi.

Comment trouver le juste milieu ? Entre t’apprendre tout ce qu’un Papa peut transmettre à sa fille sans trop en faire. Te donner des valeurs pour t’aider à avoir les tiennes propres que tu ferais tiennes sans en être prisonnière. Être là quand il le faut, comme il le faut, sans être intrusif. Te  guider sans t’imposer, t’aimer sans t’étouffer, te protéger sans te couver, ou te gronder sans te blesser. Car oui, des fois il m’est arrivé de le faire quand tu faisais des bêtises ou avant même de les faire…et crois-moi ou pas, ça ne me faisait pas plus plaisir qu’à toi. Mais c’était ça aussi mon rôle de Papa. Dans ces moments-là tu m’en voulais, j’avais le rôle du méchant, et tu te réfugiais dans les bras de ta Maman qui te réconfortait. Mais tu sais, je ne t’ai jamais grondée pour rien et je t’ai toujours expliqué pourquoi. Et quoi qu’il en soit, je trouvais toujours du temps pour jouer, t’écouter et discuter avec toi. Tes secrets étaient miens et j’en étais garant, botus et mouche cousue ! J’étais toujours là pour toi dans les moments faciles comme dans les moments difficiles et dans la joie comme dans le chagrin. J’étais toujours là pour toi dans les petits comme dans les grands moments, et si quelqu’un te voulait du mal, j’étais toujours là ! Les méchants n’avaient qu’à bien se tenir !

Ah ! Toi et moi, quelle histoire !! Et ce n’était que le début…l’essentiel étant l’histoire d’un apprenti Papa et de sa fille. Comment devient-on une femme ? Comment devient-on un Papa ? Ton regard et le mien. Toi et moi. Tu as appris à me connaître comme j’ai appris à te connaître aussi. Tu as grandi sous mon regard de Papa toujours inquiet mais toujours fier de toi. Je n’ai pas toujours pu t’empêcher de tomber ou de faire des erreurs, ça fait partie de la vie aussi ; mais je te regardais te relever toute fière et je pouvais dire, impressionné : « Regardez, c’est ma fille ! » avant de te voir repartir, curieuse comme tout, découvrir de nouveaux mondes.

Quand tu étais petite, tu m’apprenais à redécouvrir le monde avec tes yeux d’enfant émerveillé devant la plus grande des simplicités. Mes blagues stupides te faisaient rire et tu étais fière de ton Papa que tu trouvais extraordinaire. J’avais réponse à toutes tes questions : « Dis Papa, pourquoi… ? » et tout ce que je faisais, tout ce que je disais, était magique pour toi !

À l’adolescence, tu as trouvé mes blagues moins drôles, voire pourries, tu t’es rendue compte que même les adultes n’avaient pas toujours réponse à tout et tu me faisais comprendre que je te fatiguais ! Je me méfiais des garçons qui tournaient autour de toi, je disais forcément plein de bêtises, je ne comprenais jamais rien et j’avais toujours tort !

Mais je ne t’en voulais pas, continuais de t’aimer et j’ai patienté quelques années tout en gardant un œil sur toi…jusqu’au jour où tu prendrais ton envol et où tu commencerais à devenir une femme. Aujourd’hui tu fêtes tes 18 ans, et j’espère que bientôt, tu seras à nouveau fière de ton vieux Papa toujours aux petits soins pour toi ! Alors pour ton anniversaire, sache que peu importe l’âge que tu auras, tu seras toujours ma fille, peu importe ton caractère et tes bêtises ! Je t’aimerai telle que tu seras, ma pitchoune, ma fille dont je serai toujours fier et grâce à qui j’aurai appris le plus beau des métiers, celui de Papa !

Ton Papa qui t’aime et qui t’aimera toujours.

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Concours de la plus belle lettre d’amour, organisé par La Vague Des Livres en mars 2011. (Rhône)


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