La mécanique du coeur de Mathias Malzieu

juillet 3, 2014 dans Lectures et critiques littéraires

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Edimbourg, 1874.

Jack nait le jour le plus froid du monde et son cœur en reste gelé. Mi-sorcière mi-chaman, la sage-femme qui aide à. l’accouchement parvient à sauver le nourrisson en remplaçant le cœur défectueux par une horloge. Cette prothèse fonctionne et Jack vivra, à condition d’éviter toute charge émotionnelle : pas de colère donc, et surtout, surtout, pas d’état amoureux. Mais le regard de braise d’une petite chanteuse de rue mettra le cœur de fortune de notre héros à rude épreuve prêt à toit pour la retrouver, Jack se lance tel Don Quichotte dans une quête amoureuse qui le mènera des lochs écossais jusqu’aux arcades de Grenade et lui fera connaitre les délices de l’amour comme sa cruauté.

Il y a un certain temps, j’ai eu l’occasion de lire « La mécanique du cœur » de Mathias Malzieu. Un livre qui m’a agréablement surpris. Un livre « surprise » d’autant plus particulier qu’il m’a été offert par une amie.

Le titre en lui-même ainsi que la couverture sont intéressants et posent la question d’une « matérialité » du cœur. Ce dernier fonctionne-t-il comme une « simple » mécanique ? Le cœur peut-il ressembler à une horloge ou l’inverse ? Il suffirait de le « remonter » ou de l’arrêter, bref on pourrait le contrôler… contrôler cette entité mystérieuse, imprécise et aléatoire ô combien source de cyclones intérieurs au moins souvent incompréhensibles.

Voilà en tout cas un livre dans la lignée des « contes initiatiques » comme le Petit prince ou le Chevalier à l’armure rouillée. Un livre qui se conte autant aux adultes qu’aux enfants et qui cache derrière une grande simplicité apparente une profondeur et une réflexion sur la passion amoureuse. La mécanique du cœur touche tout un chacun peu importe son histoire en racontant une histoire de cœur entre les deux personnages principaux que sont Jack et Miss Acacia enivrés dans les sentiments, la spontanéité, des interrogations, des disputes, des moments difficiles et de bons moments.

Ce qui a fait de ce livre un coup de cœur est son incroyable poésie ! Tout y est écrit avec beaucoup de subtilité et de délicatesse. En ce sens La mécanique du cœur de Mathias Malzieu mérite vraiment une distinction particulière tant il s’écarte, comme 1Q84, de ce qui s’écrit aujourd’hui.

Extraits :

[...] J’aurais voulu prendre un peu plus de temps pour observer à loisir ses chevilles de poussin, pour remonter le long de ses mollets aérodynamiques jusqu’aux cailloux ambrés qui lui servent de genoux. Alors j’aurais longé ses cuisses entrouvertes pour me poser sur la plus douce des pistes d’atterrissage. Là je me serais entraîné à devenir le plus grand caresseur-embrasseur du monde. A chaque fois qu’elle voudra rentrer chez elle, je lui ferai le coup. Blocage temporel, suivi d’un cours de langues pas étrangères. Alors je redémarrerai le monde, elle se sentira toute chose et elle ne pourra résister à l’idée de passer encore quelques vraies minutes lumineuses au creux de mon lit. Et durant ces instants volés au temps, elle ne sera que pour moi. [...]

[...] — A qui sont toutes ces larmes ? je lui demande.
— Ce sont les miennes. Dès que je pleure, je récupère mes larmes dans un flacon et je les stocke dans cette cave pour en faire des cocktails.
— Comment est-ce possible que tu en fabriques de telles quantités ?
— Dans ma jeunesse, un embryon s’est trompé de direction pour rejoindre mon ventre. Il s’est coincé dans l’une de mes trompes, provoquant une hémorragie interne. Depuis ce jour, je ne peux pas avoir d’enfant. Même si je suis heureuse d’en faire naître pour les autres, j’ai beaucoup pleuré. Mais ça va mieux depuis que tu es là…
J’ai honte de lui avoir posé la question.
— Un jour de longs sanglots, je me suis aperçu que boire les larmes apportait du réconfort, surtout mélangées à un peu d’alcool de pomme. Mais il ne faut pas en prendre lorsqu’on est dans un état normal, sinon on ne parvient plus à être joyeux sans en boire et c’est le cercle vicieux, on n’arrête pas de pleurer pour pouvoir boire ses larmes.
— Tu passes ton temps à réparer les gens, mais tu noies tes blessures dans l’alcool de tes propres larmes, pourquoi ?
— Ne t’inquiète pas pour tout ça [...]

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1Q84 – Livre 1, Avril-Juin d’Haruki Murakami

juin 23, 2014 dans Lectures et critiques littéraires

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Le passé — tel qu’il était peut-être — fait surgir sur le miroir l’ombre d’un présent — différent de ce qu’il fût ?

Un événement éditorial sans précédent
Une œuvre hypnotique et troublante
Un roman d’aventures
Deux êtres unis par un pacte secret

Dans le monde bien réel de 1984 et dans celui dangereusement séduisant de 1Q84 va se nouer le destin de Tengo et d’Aomamé…

Voilà six mois que j’ai terminé les 534 pages de « 1Q84 – Livre 1, Avril-Juin » d’Haruki Murakami.

Difficile de me remettre dedans d’autant plus que j’ai lu d’autres livres depuis mais je tiens, profitant d’une petite accalmie estivale, à rédiger un billet sur ce livre que j’ai particulièrement apprécié.

J’ai été franchement séduit !

Certaines séries et animes dans lesquels j’ai été berçé dans mon enfance et mon adolescence m’ont fait découvrir l’orient qui m’a toujours attiré. Le Japon et la Chine essentiellement.

J’ai entre autres découvert l’auteur britannique d’origine japonaise Kazuo Ishiguro par son livre « Quand nous étions orphelins », histoire qui se passe dans le Shanghai des années 30. Quel plaisir et étrange sentiment d’avoir lu ce livre alors que je résidais à l’époque de cette lecture à Shanghai, soit plus de 70 ans plus tard. Les rues m’étaient familières, l’atmosphère de cette mégalopole de près de vingt millions d’habitants avec ses odeurs, sa frénésie, son rythme… Une « même » ville, deux époques différentes.

C’est donc très logiquement que je me suis tourné vers Haruki Murakami dont le synopsis de 1Q84 a retenu mon attention. J’ai d’ailleurs trouvé sa 4ème de couverture plutôt originale contrairement à celles que l’on trouve habituellement formatées par les grandes maisons d’édition et qui ne ressemblent à rien. Cette 4ème de couverture me parlait mais surtout elle reflétait son auteur ainsi que sa couverture somme toute épurée. Cette notion de « vide » que l’on retrouve très souvent dans l’art visuel et iconographique oriental. Un vide qui a du sens et qui a sa place. Simplicité. Légèreté.

Son titre m’a aussi interpellé. A la fois mot et nombre. Un peu de mystère juste ce qu’il faut.

Il ne m’en fallait pas plus pour l’acheter.

1Q84 qui se déroule…en 1984 est un livre écrit avec beaucoup de poésie et ceci malgré le fait que l’un des personnages principaux, Aomamé, soit une tueuse en série !

Par poésie je ne parle pas du rythme des mots ou des syllabes, aspects techniques qui ne m’intéressent guère mais de la douceur qui régnait dans ce livre et de ses émotions. Mêmes les scènes « dures » qui y sont sont écrites le sont avec beaucoup de poésie. Cela change du style un peu trop « gore » que l’on trouve — un peu trop à mon goût — dans la littérature contemporaine dont le leitmotiv pourrait être « plus c’est violent, plus c’est trash et plus ça plaît »… Triste monde quand on voit ce qui plaît à notre époque…

1Q84 s’écarte de cette hégémonie littéraire. Dans 1Q84 même la violence et le sexe deviennent poésie.

Et bien que son titre fasse penser au fameux roman de George Orwell, le roman d’Haruki Murakami pose des questions et donne un regard sur l’existence humaine ainsi que sur ses moralités, qui restent sans réponse. A chacun de trouver les siennes !

Outre sa poésie et sa profonde simplicité, j’ai adoré les personnages principaux, clefs de voûte d’un excellent roman qui se respecte comme dans « L’homme qui n’aimait pas les femmes » et « La fille de papier« .

L’intrigue tourne principalement autour d’Aomamé, tueuse à gages et de Tengo, professeur d’école préparatoire qui a toujours rêvé de devenir écrivain tous les deux personnages secrets dont on découvre au fur et à mesure leur passé respectif.

Le troisième personnage qui reste quand même très important est la jeune adolescente de 17 ans, Fukaéri, auteure du roman que Tengo va être en charge de réécrire.

Bref difficile de vous en dire plus sans spoiler.

Alors si vous voulez voyager au Japon mais aussi dans un « monde parallèle » qui allie avec finesse et intelligence de l’épouvante, de la psychologie, du suspense et une fin assez inattendue, le tout dans une parenthèse de douceur dans ce monde de brutes avec qui sait la possibilité de rêver si vous vous laissez porter, alors je vous recommande 1Q84 ! :-)

Et si vous connaissez pas Haruki Murakami, peut-être serez-vous aussi séduit !

Mais rappelez-vous que cette lecture n’est pas à prendre à la légère ! Il y a lire et lire…

Prochain billet sur un livre récemment terminé « La mécanique du cœur » de Mathias Malzieu avant d’enchaîner sur un livre de l’auteur chinois Qiu XiaLong que je suis actuellement en train de lire : « Dragon bleu, tigre blanc » puis « L’annulaire » de Yôko Ogawa.

Extraits :

[...] Les scènes de ces moments-là lui revenaient à l’esprit. Vivantes, claires. La nuit d’été, le lit étroit, l’odeur légère de transpiration. Les mots qui leur étaient venus à la bouche. Les sentiments qui ne s’étaient pas traduits en mots. Les promesses qu’on finirait par oublier. Les espoirs qui ne se réaliseraient pas. Les aspirations sans issue. [...]

[...] C’était aussi simple que de piquer une aiguille dans du tofu. L’extrémité transperçait la chair, atteignait une zone bien précise située sous le cerveau et le cœur s’arrêtait de battre. Comme une bougie sur laquelle on aurait soufflé. Tout prenait fin en un très bref instant. Presque trop court. Et cela, seule Aomamé était capable de l’accomplir. Personne d’autre ne savait déterminer, juste au toucher, ce point vital et pourtant si délicat. Mais elle, elle savait. Au bout de ces doigts, elle possédait cette intuition particulière. [...]

[...] Fukaéri conserva encore le silence. Mais cette fois ce n’était pas un silence délibéré. Ce que la question de Tengo sous-tendait, elle était tout bonnement incapable de le saisir. Cette question ne pouvait pénétrer  sa conscience. Elle dépassait ses limites, comme si elle était aspirée dans le néant à tout jamais. A la manière d’une sonde spatiale solitaire qui passe tout à côté de Pluton sans s’y poser. [...]

[...] Que cela me plaise ou non, je me trouve à présent dans l’année 1Q84. L’année 1984 que je connaissais n’existe plus nulle part. Je suis maintenant en 1Q84. L’air a changé, le paysage a changé. Il faut que je m’acclimate le mieux possible à ce monde lourd d’interrogations. Comme un animal lâché dans une forêt inconnue. Pour survivre et assurer ma sauvegarde, je dois en comprendre au plus tôt les règles et m’y adapter. [...]


[...] Tamaki a une peau douce, une peau au grain fin. Ses mammelons sont gonflés, avec une jolie forme ovale. Ils font penser à des olives. Ses poils pubiens sont fins, légers comme de délicates feuilles de saule. Ceux d’Aomamé sont raides et durs. Elles rient de leurs différences. Elles se touchent sur tout le corps et s’enseignent mutuellement les endroits les plus sensibles. Certains concordent, d’autres non. Puis, avec le doigt, chacune caresse le clitoris de l’autre. Toutes les deux ont l’expérience de la masturbation. Fréquente. Et chacune songe, lorsque l’on se caresse soi-même, c’est bien différent. Le vent traverse les steppes verdoyantes de Bohème. [...]

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« Le Zahir » de Paulo Coelho

avril 30, 2012 dans Lectures et critiques littéraires

Avril 2012

Le Zahir de Paulo Coelho

 

Un écrivain célèbre remet en cause tous les principes qui ont gouverné sa vie lorsque sa femme disparaît sans laisser de traces. Au fil d’un périple qui le conduira de Paris jusqu’en Asie centrale, il traverse la steppe, son désert, sa magie et ses légendes pour retrouver celle qui donne plus que jamais un sens à sa vie.

Paulo Coelho revisite mythes antiques et traditions lointaines pour évoquer les thèmes de la quête de l’amour, de la femme éternelle, du pèlerinage, de la recherche de soi et des origines de la croyance. Il recourt à l’autobiographie pour décrire avec ironie l’état du monde moderne, parler de la liberté et de la solitude, et s’interroger sur l’avenir de l’homme en quête de repères, d’amour et de spiritualité.

J’ai été attiré par le sujet. Par la couverture aussi, que je trouve vraiment sublime et qui en dit déjà long sur le sujet…
« Selon l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, l’idée du Zahir vient de la tradition islamique, et l’on estime qu’il est apparu vers le XVIIIème siècle. Zahir, en arabe, veut dire visible, présent, qui ne peut passer inaperçu. Un objet ou un être qui, une fois que nous l’avons rencontré, finit par occuper peu à peu toutes nos pensées, au point que nous ne parvenons plus à nous concentrer sur rien. Il peut signifier la sainteté, ou la folie. »

Qui n’a jamais connu l’obsession ? Voilà une façon originale de la présenter (enfin !) comme un aspect de l’âme humaine sans la juger de façon pathologique. :-)

Je viens de finir Le Zahir de Paulo Coelho.

Avis partagé.

Ce qui m’a dérangé le plus — et heureusement c’est le seul aspect — c’est l’excès de religion et de messianisme. Dieu par ici, Divin par là… Je ne me souviens pas d’avoir autant trouvé de religion dans l’alchimiste qui fut ma découverte du monde de Coelho et qui reste l’un de mes livres initiatiques préférés. En tant qu’athée, je peux lire quelques pages ayant trait à la foi religieuse. Quelques pages, mais pas 360 ! J’ai saturé et failli ne pas lire jusqu’au bout. Le livre aurait pu s’intituler « Au pays des bisounours » ! Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Tous les maux peuvent être guéris par L’énergie de l’amour !… L’amour est LA solution. Il suffit de croire. Et bien sûr il y a un Messie ! Sic. Trop c’est trop !

J’aurai souhaité une façon différente d’aborder la religion, avec des mots différents et qui ont un sens pour ceux à qui la religion n’inspire rien ou pas grand chose. Quoiqu’elle puisse être abordable quand elle est présentée autrement. Mais tout le monde ne choisit pas cette voie là. Je dirais donc que le Zahir est un livre principalement pour les croyants qui devraient trouver en lui des mots qui feront écho en eux. Je n’ai du coup pas vraiment été touché par ce livre. En tout cas pas par sa foi. Un peu comme si je lisais un livre écrit dans une langue qui m’était inconnue. Difficile de rentrer à l’intérieur.

Autre déception : je m’attendais comme l’indiquait la 4ème de couverture à un voyage au cœur de l’Asie centrale ; comme dans l’alchimiste. J’ai voyagé dans celui-ci. Dans Le Zahir, Coelho nous fait d’abord visiter l’Asie centrale, de Paris,  à travers les yeux de l’un des personnages principaux, Mikhail. Ce n’est que bien plus tard que l’on met (enfin !) pied au Kazakhstan. De façon un peu tardive à mon avis.

Voilà pour la partie négative sur laquelle je n’ai pas besoin de m’étendre davantage.

Bien entendu, cela serait purement injuste si je n’évoquais pas, de l’autre côté, ce que j’ai aimé dans cette lecture aussi religieusement sibylline soit-elle et malgré quelques désaccords d’opinion entre Coelho et moi sur la vie et l’amour.

D’une part j’ai bien aimé l’omniprésence d’Esther malgré son « absence physique » dans la plus grande partie du livre. Cette femme, le Zahir plus précisément de cet écrivain célèbre (dont on ne connaît pas le prénom) et qui a disparu sans donner d’explications. Esther qui est son obsession, et Dieu (!) sait à quel point la lecture du Zahir est remplie de sa présence. Son âme est présente partout à chaque instant. Dans chaque page, dans chaque phrase, dans chaque mot, elle est là. Une obsession qui ne peut être comprise que si on l’a déjà vécue personnellement, ainsi qu’une histoire d’amour et qui fera d’autant plus écho le cas échéant. Une obsession paradoxale et contradictoire qui devient — inévitablement — une source de questionnement passionnante ! Une réflexion sur l’amour à deux et la liberté. Une obsession qui ne peut être contrôlée, qui n’est pas un choix car subie mais qui entraîne des choix.

L’amour de l’autre ou l’amour de soi ? Aimer l’autre plus que soi-même ou s’aimer soi-même ?

Liberté ou aliénation ? Se « libérer » de cette obsession pénétrante, envahissante et dévorante qui transcende ?

Cette liberté qui fait peur ! Car elle est forcément synonyme d’éloignement. Synonyme de perte.

Cette lecture n’apporte pas toutes les réponses. Je ne pense pas que ce soit son but d’ailleurs. Elle est une quête de l’amour vrai et authentique. Elle est une invitation à se remettre en question sur sa façon d’aimer. Elle est une quête de l’âme. Elle est une invitation à partir à la rencontre de l’autre. La VRAIE rencontre, celle de l’essentiel et non celle du superficiel.

Et si en fin de compte, se libérer de l’autre c’était s’en rapprocher ?

Prochaines lectures de Coelho, sans doute Onze minutes, ou La sorcière de Portobello. Mais pour l’instant, je m’attaque à Si c’était à refaire de Marc Levy ! :-)

Extraits :

[...] Mais si je pouvais choisir une phrase ? Alors je demanderais qu’il fût gravé :
« Il est mort tandis qu’il était en vie. »
Cela pouvait sembler un contresens, mais je connaissais beaucoup de gens qui avaient déjà cessé de vivre, même s’ils continuaient à travailler, à manger et à vaquer à leurs activités habituelles. Ils faisaient tout comme des automates, sans appréhender… [...]

[...] Je suis capable d’aimer, de sentir l’absence de quelqu’un. Esther méritait beaucoup plus que des mots, mais même les mots, les simples mots, n’avaient jamais été prononcés pendant que nous étions ensembles. [...]

[...] Le pire, ce n’est pas de se promener dans Genève seul et misérable, c’est de donner à une personne qui est près de nous l’impression qu’elle n’a pas la moindre importance dans notre vie. [...]

 

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« La fille de papier » de Guillaume Musso

septembre 26, 2011 dans Lectures et critiques littéraires

Septembre 2011

La fille de papier de Guillaume Musso


« Trempée jusqu’aux os et totalement nue, elle est apparue sur ma terrasse au beau milieu d’une nuit d’orage.
D’où sortez-vous ?
Je suis tombée.
Tombée d’où ?
Tombée de votre livre. Tombée de votre histoire, quoi ! »

Tom Boyd, un écrivain célèbre en panne d¹inspiration, voit surgir dans sa vie l’héroïne de ses romans.
Elle est jolie, elle est désespérée, elle va mourir s’il s’arrête d’écrire.
Impossible ? Et pourtant…
Ensemble, Tom et Billie vont vivre une aventure extraordinaire où la réalité et la fiction s’entremêlent et se bousculent dans un jeu séduisant et mortel…

J’ai fini hier « La fille de papier«  … Je faisais du stop. Billie et Tom m’ont renversé.

Vous m’avez braqué. Vous m’avez offert la plus belle des histoires.

Vous m’avez plongé dans votre univers. C’est le cas de le dire. J’ai fait de l’apnée du début jusqu’à la fin. Je ne sais pas si vous vous en rendez compte mais vous m’avez tenu en haleine pendant près de 500 pages. Tout ça pour… me couper le souffle, enivré dans les dernières pages !

Je ne peux trop en dire quant à l’histoire en elle-même ; ça serait cruel envers ses futurs lecteurs. Mais assurément vous m’avez touché en plein cœur.

J’ai trouvé dans la fille de papier une authenticité rare au niveau des personnages. Par ailleurs très attachants. Des personnages « banals » dans un sens, au point que j’aurai pu les croiser là comme ça. Dans la rue. Dans un café. Ou je ne sais où. J’aurais pu les toucher, leur parler… je me serais peut-être bien entendu avec eux. Et pourtant il y avait aussi en eux, un petit je-ne-sais-quoi d’inexplicable. De mystique ? D’extraordinaire ? Je ne saurais dire. En tout cas ils étaient bien réels pour moi. Certains sortent avec des amis. « Alors on se fait un bowling ce soir ? », « Et si on se faisait une petite bouffe ? ». Moi je me disais « Tiens, ce soir je vais retrouver Tom et Billie. » Ils étaient mon rêve. Mon évasion de la journée.

Bref des personnages comme vous et moi, mais qui sont frappés de plein fouet par l’extraordinaire. Deux destins qui s’ignoraient. Deux destins égarés dans la nuit. Deux destins qui se sont télescopés. Foudroyés. Beaucoup d’émotions qui se bousculent et qui s’entrechoquent. Des questions qui viennent frapper à la porte. Des souvenirs passés qui viennent hanter le présent. Des décisions qui réveillent des peurs. Des envies. Et malgré tout…

Vous n’avez pas construit une histoire. Vous avez fait vivre des émotions. Vous êtes allé les chercher. Où ? Je ne sais pas… Mais vous y êtes allé. Vous êtes allé les faire naître. Ces émotions sont devenues vivantes. Indépendantes. Elles ont pris vie. Elles se sont révoltées avec un ardent désir : « Nous voulons vivre nous aussi ! ». Et vous y êtes arrivé, Monsieur Musso. Vous avez réussi l‘art de la transformation. Car ces émotions sont devenues cette belle histoire. Car après tout c’est ça une belle histoire. Ce n’est pas qu’une suite de mots ou d’idées à conter pour raconter et/ou décrire un imaginaire. C’est une histoire fantasmée qui arrive à devenir réelle. Une belle histoire c’est une histoire qui naît dans le rêve d’un cœur. Mais une histoire vivante et consciente qui trouve le secret du passage et la force pour se vivre dans la réalité.

J’aurai pu lire votre livre d’une traite. Mais je ne l’ai pas fait, non. Au contraire, j’ai voulu faire durer le plaisir. Un plaisir que vous avez subtilement inoculé en moi. Mot après mot. Phrase après phrase. Page après page. Comme un virus. Celui de la curiosité. Celui de l’envie. Celui de… l’espoir ? Chaque page que je tournais « m’emprisonnait » davantage dans un rêve que je ne voulais plus quitter.

J’étais quelqu’un avant de lire la fille de papier. Je n’étais plus le même après l’avoir terminé.

J’ai encore du mal à sortir des mots cachés sous une couverture de pudeur. Trop tôt. Trop frais. Trop… immature.

Dès le début vous m’avez happé. Quelle drôle d’idée que celle d’écrire sur un auteur qui s’est perdu en chemin ! Un écrivain talentueux ; mais un écrivain égaré en lui-même…

Heureusement que Billie est arrivée pour l’aider à retrouver le fil des mots !

 

Je voudrais quand même relever un point négatif…Vous m’avez obligé à lire jusqu’à la fin. Vous m’avez obligé, avec tristesse, à revenir dans la réalité alors que j’avais envie de rester dans les pages de votre livre…

Je m’arrête ici… Je vais mettre un moment pour « digérer » votre chef-d’œuvre, tant il m’a marqué…

 

Mon dernier mot aux futurs lecteurs : Si vous avez toujours eu envie de rencontrer l’amour et l’amitié…alors lisez la fille de papier !

Tout ça pour vous dire, Monsieur Musso… Merci. Merci du fond du cœur ! Ce que je vous souhaite : continuez de nous faire rêver avec votre plus belle encre. Celle des émotions.

 

Extraits :


[...] — Les liens se font et se défont, c’est la vie. Un matin, l’un reste, l’autre part sans que l’on sache toujours pourquoi. Je ne peux pas tout donner à l’autre avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Je ne veux pas bâtir ma vie sur les sentiments parce que les sentiments changent. Ils sont fragiles et incertains. Tu les crois profonds et ils sont soumis à une jupe qui passe, à un sourire enjôleur. Je fais de la musique parce que la musique ne partira jamais de ma vie. J’aime les livres parce que les livres seront toujours là. [...]
— Moi, ce que je voulais, repris-je, c’était partager la vie avec toi. Au fond, je crois que ça n’est rien d’autre que ça l’amour : l’envie de vivre les choses à deux, en s’enrichissant des différences de l’autre.[…]
[…] — Je sais que pour mériter l’amour, il faut se donner corps et âme, et prendre le risque de tout perdre… mais je n’étais pas prête à le faire et je ne le suis toujours pas aujourd’hui…[…]


[...] — Vous êtes peut-être très fort pour raconter une histoire, pour peindre les émotions, les douleurs, les emballements du cœur, mais vous ne savez pas décrire ce qui fait le sel de la vie : les saveurs. [...]
[...] J’affichais une moue dubitative, mais je savais qu’elle n’avait pas tout à fait tort : j’étais incapable de saisir la merveille de l’instant. Elle m’était inaccessible. Je ne savais pas la cueillir, je ne savais pas en jouir et je ne pouvais donc pas la faire partager à mes lecteurs.
— Dans vos romans, vous allez écrire : Billie mangea une mangue pour le dessert, mais vous n’allez jamais prendre le temps de détailler la saveur de cette mangue.
Délicatement, elle se mit dans la bouche un morceau de fruit juteux.
— Alors, elle est comment ?
Piqué au vif, je me prêtai malgré tout au jeu et tentai de décrire le fruit avec le plus de précision possible :
— Elle est bien mûre, fraîche juste ce qu’il faut.
— Vous pouvez faire mieux.
— Sa pulpe est sucrée, fondante, savoureuse et très parfumée…[…]

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« Laisse-moi entrer » de John Ajvide Lindqvist

septembre 12, 2011 dans Lectures et critiques littéraires

Août 2011

Laisse-moi entrer de John Ajvide Lindqvist

 

« Oskar a 12 ans, il vit seul avec sa mère au coeur d’une banlieue glacée de Stockholm. Martyrisé par trois adolescents de son collège, il rève de devenir tueur en série pour se venger de ses tortionnaires.
Eli emménage un soir dans l’appartement voisin. Elle sort le soir, semble ne craindre ni le froid ni la neige et exhale une odeur douceâtre et indéfinissable.
Entre ces deux adolescents que tout oppose naît le plus violent des sentiments : l’amour. Mais, tandis que des meurtres se succèdent dans ce quartier réputé tranquille, Oskar découvre la vraie nature d’Eli et comprend qu’elle est un vampire…

Une magnifique et sanglante histoire d’amour et d’amitié entre deux êtres désespérement seuls et différents. »


Dans mon dernier billet de lectures, j’avais donné un premier avis sur « La promesse des ténèbres«  de Maxime Chattam avant de me lancer dans un autre pavé, de 547 pages, celui de « Laisse-moi entrer » (« Låt den rätte komma in » dans la langue d’Ingrid Bergman) du Suédois John Ajvide Lindqvist (publié en 2010 et traduit par Carine Bruy) que j’ai terminé le mois dernier.

Ce livre a été ma deuxième entrée en matière satisfaisante dans le monde littéraire suédois bien que j’ai préféré « Millenium 1«  de Stieg Larsson ; cela étant, le roman de Lindqvist n’est pas un thriller à proprement parler et j’ai retrouvé — ce qui semble assez récurrent dans les romans suédois — l’envie de faire découvrir la culture nordique, notamment au niveau de l’atmosphère des lieux où l’on se retrouve en Suède et ça change (enfin !) de l’Angleterre ou des USA… N’attendez donc pas d’intrigue spécialement extraordinaire comme dans un thriller classique.

« Laisse-moi entrer », c’est donc un premier voyage dans une petite ville réelle de la Suède hivernale, Blackeberg (qui a vu naître Lindqvist), dans la banlieue de Stockholm. Dans le roman, l’histoire utilise une série de meurtres mystérieux comme toile de fond pour décrire LE vrai thème du livre : l’état, pourri, de la société contemporaine dont John Ajvide Lindqvist nous brosse un portrait plus que gore ! Alcoolisme, drogue, pédophilie, violence entre enfants, et prostitution infantile sont au rendez-vous. Âmes sensibles s’abstenir ! J’ai pour ma part trouvé certains passages très durs à lire tant c’était abject. C’est finalement la ville, Blackeberg elle-même, qui semble être un dépotoir de la noirceur la plus sombre de la nature humaine en pleine décadence. Une trame qui semble être devenue un « phénomène de mode » dans la littérature contemporaine où dépeindre le pire semble être devenu une obligation.

Le roman de Lindqvist nous plonge du début à la fin dans un sentiment dominant et omniprésent de solitude. Une solitude vécue par chaque personnage de façon différente. Oskar, cet enfant de 12 ans, martyrisé par ses camarades et qui n’a que comme seul « ami », Tommy, un autre gamin un peu plus âgé, seul lui aussi, paumé dans la drogue et le vol. Håkan, le « gardien » d’Eli, seul et isolé après avoir été désocialisé de par ses penchants pour les enfants. Et enfin, Lacke et Virginia qui ont peur de terminer leur vie seuls.

Enfin, et c’est quand même l’aspect le plus présent du roman hormis l’immersion dans le monde des vampires (très différente de la littérature classique dans ce genre), celui des deux personnages principaux : Oskar et Eli. Deux personnages à la fois pareils et différents. Oskar, petit garçon peureux, soumis et solitaire et Eli, petite fille (ou petit garçon ?), solitaire également, qui est à mon avis le personnage le plus abouti dans le roman. Un personnage qui se décrit comme « rien », à la fois masculin et féminin, jeune et vieux, monstre et humain, mort et vivant… Un personnage basé sur l’opposition, le tout et son contraire.

Quant à la relation qui les unit tous les deux : une relation forte et puissante où la frontière entre l’amour et l’amitié semble s’effacer tant leur relation est unique, attachante et émotionnelle. Une romance dramatique qui se veut humaine et tolérante dans l’acceptation des différences et dans la force — inconditionnelle — des sentiments. Une relation elle aussi en opposition car difficile à vivre. Comment leur relation va-t-elle évoluer ? Pourront-ils rester l’un auprès de l’autre ?… Je vous laisse ce roman entre les mains si vous souhaitez explorer leur lien, travaillé jusqu’au bout par Lindqvist !

Après une lecture aussi noire et dure qu’intense et passionnelle, je vais maintenant m’atteler à la lecture de  « La fille de papier«  de Guillaume Musso ! Vous êtes curieux ? Alors suivez le guide, c’est par là ! :-)

N.B : Le roman « Laisse-moi entrer » existe aussi en film (sorti la même année) dont le scénario a été confié à Lindqvist en personne.

Extraits :

[...] — Oskar…
Cela provenait de la fenêtre. Il ouvrit les yeux et regarda dans cette direction. Il vit les contours d’un petit visage de l’autre côté de la vitre. Il écarta ses couvertures mais avant qu’il ait eu le temps de sortir de son lit, Eli murmura :
— Attends. Reste dans ton lit. Est-ce que je peux entrer ?
Oskar chuchota :
— Oui.
— Dis que je peux entrer.
— Tu peux entrer. [...]

 

[...] Il suffit que tu piques un doigt ou quelque chose. Ensuite nous mêlerons nos sangs et notre pacte sera conclu.
Eli ne prit pas le couteau. Oskar le posa sur le sol afin de pouvoir attraper une goutte de sang qui était tombée de sa blessure.
— Allez. Tu ne veux pas ?
— Oskar… nous ne pouvons pas. Tu serais infecté, tu…[...]
— Pars ! Sinon tu vas mourir !
Oskar se leva et fit quelques pas en arrière. Ses pieds cognèrent dans le sac de bouteilles, qui tomba dans un grand bruit de verre cassé. Il se plaqua contre le mur tandis qu’Eli rampait jusqu’à la petite flaque de sang qui avait coulé de sa main. [...]

 

[...] — Je… ne tue pas des gens.
— Non, mais tu aimerais bien. Si tu pouvais. Et tu le ferais vraiment si c’était nécessaire.
— Parce que je les déteste. Il y a une grande…
— … différence. Vraiment ?
— Oui… ?
— Si tu t’en sortais sans être inquiété. Si ça arrivait simplement. Si tu pouvais souhaiter leur mort et qu’ils meurent. Tu ne le ferais pas dans ce cas ?
— … Si.
— Si. Et tu le ferais par plaisir. Par vengeance. Je le fais parce que je le dois. il n’y a pas d’autre moyen.
— Mais, c’est juste parce qu’ils… qu’ils me font du mal, parce qu’ils m’embêtent, parce que je…
— Parce que tu veux vivre. Exactement comme moi.
Eli tendit les mains, les posa sur les joues d’Oskar et rapprocha son visage du sien.
— Mets-toi un peu à ma place.
Et il l’embrassa. [...]


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« La promesse des ténèbres » de Maxime Chattam (1)

juin 4, 2011 dans Lectures et critiques littéraires

Avril – Mai 2011

La promesse des ténèbres de Maxime Chattam

 

« New York, mégalopole de tous les possibles. De tous les excès aussi…

Brady O’ Donnel, journaliste indépendant, décide de faire un reportage sur l’industrie pornographique. Il rencontre Rubis, starlette de films X, dans une ruelle sombre et sordide de New York pour l’interviewer. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’en une seconde sa vie va plonger en enfer. La jeune femme se tire une balle en plein visage, après lui avoir murmuré d’étranges propos.

Se rendre à la police ? Brady panique et prend la fuite. Sa femme, Annabel, flic à Brooklyn, se voit confier l’affaire avec son collègue Jack Thayer, qui ne croit pas en la thèse du suicide.

Commence alors une course poursuite vers la vérité, une enquête qui va disséquer l’Homme dans ce qu’il a de plus primitif. »

Voici un roman dont j’ai trouvé le rythme un peu lent au départ, et dans lequel j’ai eu du mal à me plonger, contrairement à ma lecture de Millenium 1 de Stieg Larsson. Heureusement, les choses s’accélèrent après le suicide de Rubis.

Grand fan de Maxime Chattam, j’ai retrouvé dans La promesse des ténèbres son style habituel. Un peu trop en fait…

Voilà 2 mois que j’essaye tant bien que mal de lire son 11ème roman. Et oui j’avoue avoir du mal et n’en suis toujours qu’au tiers du livre ! Non pas tant par son style que surtout, par le thème traité, celui du monde de la pornographie, qui nécessite d’une certaine façon, une écriture…pénétrante et qui laisse un goût amer dans la bouche ! C’est le moins qu’on puisse dire ! Glauque, bestial, atroce, ultra-violent, ignoble, avilissant, gore… Voilà les mots qui me viennent les premiers à l’esprit en lisant La promesse des ténèbres avec des passages qui auraient mérité d’être plus sublimés. Mais ça n’aurait pas été un roman digne de son auteur ! On a le droit ici à un langage très crû qui nous entraîne profondément dans le monde du porno et qui de par sa lecture très dérangeante, peut mettre mal à l’aise ; qui suscite des sentiments violents mêlés d’intrusion, de honte, d’abjection, de dégoût  et de rejet. Un rejet que j’analyse à deux niveaux : primo, celui du sujet traité en lui-même et deuzio ce à quoi il renvoie en chacun de nous. Imaginez-vous devant un miroir — non pas déformant — mais qui ne reflète de vous, que le pire côté, le plus sombre et le plus animal de votre personne. Ce côté que chacun de nous possède et qu’il essaye de cacher tant bien que mal, autant à autrui qu’à lui-même. Ce côté que nous méprisons, voire haïssons. Ce côté que nous refusons pour la plupart. Ce côté que nous vivons par procuration quand nous le pouvons. Ce côté qui fait malgré tout partie de nous. Cette vérité qui fait toujours mal.

Car au-delà de la pornographie, ce roman nous invite à une certaine réflexion. Sur nous-mêmes, tous autant que nous sommes. L’Homme est-il foncièrement bon ou  mauvais ? Est-il capable du meilleur comme du pire ? Qu’est-ce qui fait courir l’Homme ? Nos valeurs, acquises ? Ou nos pulsions, innées ? Que sommes-nous vraiment ? Et jusqu’à quel point ou jusqu’à quel niveau pouvons-nous encore garder le contrôle ? Qu’en est-il dans notre rapport à la société et de notre position dans cette dernière ? Que montrons-nous, que cachons-nous ?…

Mon opinion personnelle : Autant de questions brûlantes et qui nous obligent, non pas à une remise en question (encore que, elle peut intervenir pour les plus innocents d’entre nous), mais à une obligation d’assumer notre nature profonde, et de facto de pouvoir l’assumer (au moins essayer !). J’ai quitté il y a longtemps le monde des Bisounours. Je doute même y avoir mis les pieds un jour et, ça n’engage que moi, mais je pense que le monde est dirigé par 3 valeurs : le sexe, l’argent et le pouvoir. Quid de l’amour  ? (Sic !) Chacune de ses valeurs étant interchangeable et pouvant procurer les deux autres.

Pessimisme diront les uns. Fatalité diront les autres. Cette opinion n’est que mon regard, (hyper ?)-réaliste, porté sur le monde actuel. Il est d’ailleurs « amusant » de constater ce qu’on peut lire depuis quelques semaines dans les médias… Je vous invite d’ailleurs à lire le billet de Maxime Chattam à ce sujet dont je partage l’avis. Loin d’être un évènement indépendant, l’affaire DSK n’est que le début et prend la forme d’un bac révélateur.  Je pense que beaucoup de têtes vont tomber dans les mois à venir…

Le souci que je vois dans tout cela et de faire l’amalgame, un peu trop rapide, entre cette réalité et la ploutocratie. Cette vérité existe dans toutes les classes sociales, de l’ouvrier à l’aristocrate. Je me souviens d’ailleurs avoir lu un article il y a des années au sujet d’un cadre moyen (un technocrate ?) qui s’envoyait en l’air avec une prostituée car il respectait trop sa femme (sic !) pour lui demander certaines choses… Ah biologie quand tu nous tiens ! Certes notre nature est toujours présente en nous et il est nécessaire, voire vital, de l’accepter pour en être conscient et ainsi éviter des débordements et/ou des comportements inacceptables. Ce que je vois dans cet exemple, c’est surtout un homme trop faible et incapable de se contrôler. C’est à chacun d’assumer sa part de responsabilité en décidant de rester un animal ou de devenir un Homme, doué de morale, de raison et capable de travailler sur lui pour rester maître de lui.

Cela étant et bien que je ne puisse pour l’instant continuer ce roman, j’applaudis l’auteur pour son courage ; celui d’aborder un thème qui me paraît très difficile, pour ne pas dire délicat, à traiter. Par ailleurs il remplit, là encore, très bien son rôle d’écrivain : celui de constater et de dévoiler. Voilà un défenseur de la vérité ! Enfin, on peut sentir à travers l’histoire une recherche très précise et très bien documentée.
Premier devoir de l’écrivain : celui d’investigation !

J’ai besoin pour l’instant d’une pause avant de reprendre sa lecture… qui précédera l’écriture d’un deuxième billet car je compte bien le lire jusqu’au bout. Le suspense est bien au rendez-vous et j’aimerai bien connaître la fin ! D’ici là, je vais commencer sous peu mon premier polar nordique avec Laisse-moi entrer de John Ajvide Lindqvist, romancier suédois, qui aborde le thème des vampires dans son premier roman !

 

Extraits :

[...] — Je suis une fille atypique, vous vous rappelez ? Le sexe sous toutes ses formes, c’est ce que je suis aujourd’hui. Sans tabous, sans limites. Tenez, là, je pourrais me pencher et vous faire une pipe, juste pour vous rendre heureux, ça ne me dérangerait pas, je suis un instrument de plaisir. [...]

[...] Brady s’était souvent interrogé  sur ces deux aspects de l’érotisme masculin. La séparation du corps et de l’esprit. Lequel avait le pouvoir sur l’autre ? Pour Brady, deux notions s’affrontaient. Le désir et la pulsion.
Une excitation aux deux visages.
Le désir, le plus régulier, le plus tiède aussi, pouvait naître d’une simple envie, d’un affect, il pouvait même être invoqué ; il procurait une jouissance libératrice. Brady le considérait cérébral, sous contrôle.
La pulsion,  plus rare, surgissait tel un tsunami des profondeurs du cortex, dévastatrice. L’héritage d’un comportement animal. Imprévisible [...]

[...] Cette fois, pendant que l’un la prenait, les cinq autres lui incisaient légèrement la chair à l’aide de lames de rasoir, sur les flancs, les bras, les seins, le cou, les cuisses…
Elle fut vite couverte de sang, une pellicule huileuse sur laquelle ils s’agitaient en grognant de satisfaction. Rubis avait le regard halluciné, pourtant, elle se soumettait, comme asservie à leur moindre lubie [...]

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« L’homme qui n’aimait pas les femmes » – Millenium 1 de Stieg Larsson

mars 1, 2011 dans Coups de ♥, Lectures et critiques littéraires

 

Mars 2011

L'homme qui n'aimait pas les femmes de Stieg Larsson


« Un journaliste économique, Mikael Blomkvist, rédacteur et actionnaire de Millénium, son propre journal, est condamné pour diffamation envers un industriel très important. C’est un homme cassé, qui a perdu sa crédibilité journalistique et pour qui les ennuis financiers s’annoncent. Henri Vanger, ancien industriel puissant, contacte Mikael Blomkvist et lui confie un dossier vieux de plus de quarante ans, sur la disparition de sa nièce, vraisemblablement un meurtre. »

J’avais entendu parler de la trilogie Millénium (50 millions d’exemplaires vendus en 5 ans !) écrite par Stieg Larsson il y a longtemps déjà, mais je n’avais pas encore eu l’occasion de la découvrir personnellement. C’est maintenant chose faite ! Pour un premier polar nordique, j’ai été e-n-c-h-a-n-t-é ! Voilà une bien belle découverte qui me donne envie de découvrir davantage la littérature scandinave, qui alimentera la production de billets futurs.

Pour ce qui est de Millenium 1, j’ai tout de suite été plongé dans la Suède contemporaine. Sentiment qui m’a d’ailleurs ramené quelques années en arrière où j’avais été séduit (je le suis toujours !) par l’étude de la langue et la culture suédoises à l’université. La lecture de ce premier tome m’ayant convaincu de m’y remettre sérieusement afin d’avoir le plaisir de le relire un jour dans la langue d’Odin ! Plus de 500 pages donc, lues en moins d’une semaine, avalées même… Un livre qui se serait transformé en page turner si je n’avais pas découpé volontairement sa lecture. J’ai passé quelques jours en Suède sans quitter ma chambre, un vrai bonheur ! Prochaine étape à noter dans mon agenda : réserver un billet d’avion et découvrir ce beau pays !

Mais cette immersion intérieure s’est révélée bien plus qu’un simple voyage touristique ! J’ai également découvert une intrigue extrêmement bien montée, lente et bien construite dont il est difficile, dès le départ, d’avoir une idée précise sur le dénouement (que je vous laisserai découvrir !). On se laisse guider par les indices laissés ici et là et on se prend au jeu de suivre l’enquête de Super Blomkvist ! Un personnage que j’admire !…

On le sent « authentique ». Un réel plaisir de découvrir un personnage de fiction aussi « réel », comme s’il existait vraiment. C’est d’ailleurs un regret car j’aimerais beaucoup le rencontrer dans la réalité. Une totale admiration pour de si belles valeurs. Un caractère déterminé, une rage d’aller jusqu’au bout des choses et une droiture et une éthique de plus en plus difficiles à trouver dans notre société moderne, pour ne pas dire quasi-inexistantes malheureusement… Si seulement il existait davantage de personnes comme Mikael Blomkvist, le monde se porterait beaucoup mieux ! Bref, un personnage attachant, qui inspire et qui donne envie de le suivre…

Mais le jour serait-il le même sans sa compagne la nuit ? Pas sûr ! Et bien entendu, Mikael Blomkvist ne serait pas Mikael sans Lisbeth Salander, autre personnage principal de l’histoire. Une femme surprenante, avec un sacré caractère ! Elle aussi très réelle avec un perfectionnisme obsessionnel (autre qualité rare dans notre société !). Un personnage que l’on découvre au fur et à mesure, parfois déroutant, auquel on s’attache également et qui forme avec Mikael un point de mire de par la relation qui s’instaure entre eux et qui relie finalement deux mondes très différents, teintée d’un profond respect et d’une haute estime entre les deux protagonistes. Des personnages vivants et qui évoluent : quel bonheur !

En conclusion, j’ai découvert un auteur, un univers, et un beau livre ! J’ai hâte de lire le deuxième tome !

Je tiens aussi à souligner une originalité très intéressante, informationnelle et instructive : chaque première page de chapitre comporte une donnée statistique sur le thème de la violence dont les femmes sont victimes en Suède. En tant qu’ardent défenseur des femmes depuis toujours et farouchement dégoûté et écoeuré par la lâcheté des hommes, j’applaudis personnellement ! Pour moi, un écrivain se doit d’être engagé. Bravo à l’auteur de participer à une juste dénonciation et d’assumer ses positions de façon humaine et intelligente !

 

Extraits :

[...] Et Lisbeth Salander, elle, était tout aussi crédible sur cette image qu’une pelle mécanique dans un salon nautique. Armanskij avait du mal à s’habituer au fait que son plus fin limier soit une fille pâle, d’une maigreur anorexique, avec des cheveux coupés archicourt et des  piercings dans le nez et les sourcils. Elle avait un tatouage d’une [...]


[...] Le rapport était comme toujours d’une minutie quasi scientifique, avec des notes en bas de page, des citations et des indications exactes des sources. Les premières pages retraçaient le passé de l’objet, sa formation, sa carrière et sa situation économique. Ce n’était qu’à la page 24, dans un paragraphe intermédiaire, que Salander lâchait la bombe des escapades à Tullin, sur le même ton objectif qu’elle utilisait pour dire qu’il habitait une villa à Sollentuna et qu’il conduisait une Volvo bleu marine. Pour étayer ses informations, elle renvoyait à une annexe volumineuse, avec des photographies de la fille mineure en compagnie de l’objet. [...]


[...] « Ignore ton ennemi quand il s’excite, n’oublie jamais rien et rends-lui la monnaie de sa pièce quand tu en auras l’occasion. Mais pas maintenant quand il est en position de force. N’accepte jamais un combat quand tu es sûr de le perdre. Par contre ne laisse jamais s’en tirer quelqu’un qui t’a démoli. Sois patient et riposte quand tu seras en position de force, même si tu n’as plus besoin de riposter. »

Et vous ? Avez-vous lu ce premier tome ? Qu’en avez-vous pensé ? Qu’avez-vous aimé (ou pas) ? Je vous invite à tapoter les touches de votre clavier pour donner votre avis !

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